LIVRE XI. FABLE IX
Autant qu'un patriarche il vous îaudrait vieillir.
A quoi bon charger votre vie Des soins d'un avenir qui n'est pas fait pour vous ? Ne songez désormais qu'à vos erreurs passées ; Quittez le long espoir et les vastes pensées ;
Tout cela ne convient qu'à nous.
11 ne convient pas à vous-mêmes, Repartit le vieillard. Tout établissement Vient tard et dure peu. La main des Parques blêmes De vos jours et des miens se joue également. Nos termes sont pareils par leur courte durée. Qui de nous des clartés de la voûte azurée Doit jouir le dernier ? Est-il aucun moment Qui vous puisse assurer d'un second seulement? Mes arrière-neveux me devront cet ombrage ;
Eh bien ! défendez-vous au sage De se donner des soins pour le plaisir d'autrui? Gela même est un fruit que je goûte aujourd'hui . J'en puis jouir demain et quelques jours encore :
Je puîs enfin compter l'aurore
Plus d'une fois sur vos tombeaux.
Le vieillard eut raison : l'un des trois jouvenceaux Se noya dès le port, allant à l'Amérique ; L'autre, afin de monter aux grandes dignités, Dans les emplois de Mars servant la république, Par un coup imprévu vit des jours emportés ;
Le troisième tomba d'un arbre
Que lui-même il voulut enter :
Et, pleurés du vieillard, il grava sur leur marbre
Ce que je viens de raconter.