‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 340 sur 394 · LE DUC DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

LE DUC DE BOURGOGNE

Monseigneur,

Je ne puis employer, pour mes fables, de protection qui me soit plus glorieuse que la vôtre. Ce goût exquis et ce jugement si solide que vous faites paraître dans toutes choses au delà d'un âge où à peine les autres princes sont-ils touchés de ce qui les environne avec le plus d'éclat ; tout cela, joint au devoir de vous obéir et à la passion de vous plaire; m'a obligé de vjus présenter un ouvrage dont l'original a r\6 ^admiration d? tous les siècles aussi bien que celle de tous iez sages. Vous m'avez ordonné de continuer, et, si vous me permettes de le dire, il y a des sujets dont je vous suis redevable, et où vous avez jeté des grâces qui ont été admirées de tout îe monde- Nous n'avons plus besoin de consulter ni Apollon ni les Muses, ni aucune des divinités du Parnasse : elles se rencontrent toutes dans les présents que vous r faits la nature, et dans cette science de bien juger les ouvrages de l'esprit, à quoi vous joignez déjà celle de connaître toutes les règles qui y conviennent. Les fables d'Esope cont une ample matière pour ces talents ; elles embrassent toutes sortes d'événements et de caractères. Ces mensonges sont proprement une manière d'histoire où on ne flatte personne Ce ne sont pas choses de peu d'im-

1 Louis, duc de Bourgogne, petit-fils de I ouis XIV, naquit à Versailles le 6 août 16S'2, et mourut le 18 février 1712.

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