‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 357 sur 394 · L'ÉCREVISSE ET SA FILLE · texte numérisé non relu

L'ÉCREVISSE ET SA FILLE

Les sages quelquefois, ainsi que l'écrevisse,

Marchent à reculons, tournent le dos au port.

C'est Fart des matelots ; c'est aussi l'artifice

De ceux qui, pour couvrir quelque puissant effort,

Envisagent un point directement contraire,

Et font vers ce lieu-là courir leur adversaire.

Mon sujet est petit, cet accessoire est grand

Je pourrais l'appliquer à certain conquérant

Qui tout seul déconcerte une ligue à cent tètes.

Ce qu'il n'entreprend pas, et ce qu'il entreprend,

N'est d'abord qu'un secret, puis devient des conquêtes.

En vain l'on a les yeux sur ce qu'il veut cacher,

Ce sont arrêts du sort qu'on ne peut empêcher .

Le torrent à la fin devient insurmontable.

Cent dieux sont impuissants contre un seul Jupiter;

Louis et le Destin me semblent de concert

Entraîner l'univers. Venons à notre fable.

Page 1