LE RENARD, LE LOUP ET LE CHEVAL
Un renard, jeune encor, quoique des plus madrés, Vit le premier cheval qu'il eût vu de sa vie. Il di'; à certain loup, franc novice : Accourez ;
Un animal paît dans nos prés, Beau, grand : j'en ai la vue encor toute ravie. Est-il plus fort que nous? dit le loup en riant.
Fais-moi son portrait, je te prie.
Si j'étais quelque peintre ou quelque étudiant, Repartit le renard, j'avancerais la joie
Que vous aurez en le voyant.
Mais venez. Que sait-on? peut-être est-ce une proie
Que la fortune nous envoie.
Ils vont ; et le cheval, qu'à l'herbe on avait mis, Assez peu curieux de semblables amis, Fut presque sur le point d'enfiler la venelle 1 . Seigneur, dit le renard, vos humbles serviteurs Apprendraient volontiers comment on vous appelle. Le cheval, qui n'était dépourvu de cervelle,
1 Le mot venelle signifie sentier étroit, et la locution ewHer la venelle est employée ici par Ja Fontaine dans le sens de /M,f.