LIVRE XII. FABLE XXVI
Sans ceux que l'amitié rend soigneux de vous plaire. Et quelques-uns encor que vous garde l'amour,
Je ne puis qu'en cette préface
Je ne partage entre elle et vous Un peu de cet encens qu'on recueille au Parnasse, Et que j'ai le secret 3e rendre exquis et doux,
Je vous dirai donc... Mais tout dire,
Ce serait trop ; il faut choisir,
Ménageant ma voix et ma lyre, Qui bientôt vont manquer de force et de loisir» Je louerai seulement un cœur plein de tendresse, Ces nobles sentiments, ces grâces, cet esprit ; Vous n'auriez en cela ni maitre ni maîtresse, Sans celle dont sur vous l'éloge rejaillit*
Gardez d'environner ces roses
De trop d'épines, si jamais
L'amour vous dit les mêmes choses
Il les dit mieux que je ne fais ; Aussi sait-il punir ceux qui ferment l'oreille
A ses conseils. Vous F allez voir.
Jadis une jeune merveille Méprisait de ce dieu le souverain pouvoir :
On l'appelait Alcimadure :
Fier et farouche objet, toujours courant au bois, Toujours sautant aux prés, dansant sur la verdure,
Et ne connaissant autres lois Que son caprice ; au reste, égalant les plus belles
Et surpassant les plus cruelles ; N'ayant trait qui ne plût, pas même en ses rigueurs . Quelle l'eût-on trouvée au fort de ses faveurs ! Lç jeune et beau Daphnis, berger de noble race, L aima pour son malheur : jamais la moindre grâce JNi le moindre regard, le moindre mot enfin, Ne lui fut accordé par ce cœur inhumain. Las de continuer une poursuite vaine, Il ne songea plus qu'à mourir.
Le désespoir le fit courir