LIVRE II. FABLE VIII
Vole au nid de l'oiseau, fracasse, en son absence, Ses œufs, ses tendres œufs, sa plus douce espérance :
Pas un seul ne fut épargné.
L'aigle étant de retour, et voyant ce manège, Remplit le ciel de cris; et, pour comble de rage, Ne sait sur qui venger le tort qu elle a souffert. Elle gémit en vain ; sa plainte au vent se perd. Il fallut pour cet an vivre en mère affligée. L'an suivant, elle mit son nid en lieu plus haut. L'escarbot prend son temps, fait faire aux œufs le saut: La mort de Jean lapin derechef est vengée. Ce second deuil fut tel, que Técho de ces bois N'en dormit de plus de six mois.
L'oiseau qui porte Ganymède Du monarque des dieux enfin implore l'aide, Dépose en son giron ses œufs, et croit qu'en paix Ils seront dans ce lieu ; que, pour ses intérêts, Jupiter se verra contraint de les défendre :
Hardi qui les irait là prendre.
Aussi ne les y prit-on pas.
Leur ennemi changea de note, Sur la robe du dieu fit tomber une crotte . Le dieu la secouant jeta les œufs à bas.
Quand l'aigle sut l'inadvertance,
Elle menaça Jupiter D'abandonner sa cour, d'aller vivre au désert,
De quitter toute dépendance,
Avec mainte autre extravagance.
Le pauvre Jupiter se tut :
Devant son tribunal l'escarbnt comparut,
Fit sa plainte et conta l'affaire.
On fit entendre à l'aigle, enfin, qu'elle avait tort. Mais, les deux ennemis ne voulant point d'accord, Le monarque des dieux s'avisa, pour bien faire, De transporter le temps où l'aigle fait l'amour, En une autre saison, quand la race escarbote Kst en quartier d'hiver et, comme la marmote,
Se cache et ne voit mint le jour.