LIVRE II. FABLE X
Et cette alarme universelle
Est l'ouvrage d'un moucheron.
Un avorton de mouche en cent lieux le harcelle; Tantôt pique l'échiné et tantôt le museau,
Tantôt entre au fond du naseau.
La rage alors se trouve à son faîte montée. L'invisible ennemi triomphe et rit de voir Qu'il n'est griffe ni dent en la béte irritée Qui de la mettre en sang ne fasse son devoir. Le malheureux lion se déchire lui-même, Fait résonner sa queue à l'entour de ses flancs, Bat l'air, qui n'en peut mais ; et sa fureur extrême Le fatigue, l'abat : le voilà sur les dents. L'insecte, du combat, se retire avec gloire : Comme il sonna la charge, il sonne la victoire, Va partout l'annoncer, et rencontre en chemin
L'embuscade d'une araignée :
11 y rencontre aussi sa tin.
Quelle chose par là nous peut être enseignée? J'en vois deux, dont l'une est qu'entre nos ennemis Les plus à craindre sont souvent les plus petits ; L'autre, qu'aux grands périls tel a pu se soustraire Qui périt pour la moindre affaire.