‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 62 sur 394 · LIVRE III. FABLE I · texte numérisé non relu

LIVRE III. FABLE I

Il fait monter son fils, il suit et, d'aventure, Passent trois bons marchands. Cet objet leur déplut. Le plus vieux au garçon s'écria tant qu'il put : Oh là ! oh ! descendez, que Ton ne vous le dise, Jeune homme qui menez laquais à barbe grise ! C'était à vous de suivre, au vieillard de monter. Messieurs, dit le meunier, il vous faut contenter. L'enfant met pied à terre, et puis le vieillard monte ; Quand trois filles passant, l'une dit : C'est grand'honte Qu'il faille voir ainsi clocher ce jeune fils, Tandis que ce nigaud, comme un évèque assis, Fait le veau sur son âne, et pense être bien sage. Il n'est, dit le meunier, plus de veaux à mon âge : Passez votre chemin, la fille, et m'en croyez. Après maints quolibets coup sur coup renvoyés, L'homme crut avoir tort, et mit son fils en croupe. Au bout de trente pas, une troisième troupe Trouve encore à gloser. L'un dit : Ces gens sont fous ! Le baudet n'en peut plus ; il mourra sous leurs coups. Eh quoi ! charger ainsi cette pauvre bourrique ! N'ont-ils point de pitié de leur vieux domestique ? Sans doute qu'à la foire ils vont vendre sa peau. Parbleu ! dit le meunier, est bien fou du cerveau Qui prétend contenter tout le monde et son père. Essayons toutefois si par quelque manière Nous en viendrons à bout. Ils descendent tous deux. L'âne se prélassant 1 marche seul devant eux. Un quidam les rencontre et dit : Kst-ce la mode Que baudet aille à l'aise et meunier s'incommode'. Qui de l'âne ou du maître est fait pour se lasser ? Je conseille à ces gens de le faire enchâsser. Ils usent leurs souliers et conservent leur âne ! Nicolas, au rebours . car, quand il va voir Jeanne, Il monte sur sa bête ; et la chanson le dit. Beau trio de baudets ! Le meunier repartit : Je suis âne, il est vrai, j'en conviens, oe i'avoue ;

1 Marchant comme un prélat.

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