‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 77 sur 394 · LE CYGNE ET LE CUISINIER · texte numérisé non relu

LE CYGNE ET LE CUISINIER

Dans une ménagerie De volatiles remplie, Vivaient le cygne et l'oison :

Jelui-là destiné pour les regards du maître ; Celui-là pour son goût : l'un qui se piquait d'être Commensal du jardin ; l'autre, de la maison. Des fossés du château faisant leurs galeries, Tantôt on les eût vus côte à côte nager, Tantôt courir sur Tonde, et tantôt se plonger, Sans pouvoir satisfaire à leurs vaines envies. Un jour le cuisinier, ayant trop bu d'un coup, Prit pour oison le cygne ; et, le tenant au cou, Il allait l'égorger, puis le mettre en potage. L'oiseau, prêt à mourir, se plaint en son ramage.

Le cuisinier fut fort surpris,

Et vit bien qu'il s'était mépris.

Quoi ! je mettrais, dit-il, un tel chanteur en soupe! Non, non, ne plaise aux dieux que jamais ma main coupe

La gorge à qui s'en sert si bien J

Ainsi, dans les dangers qui nous suivent en croupe, Le doux parler ne nuit de rien.

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