‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 8 sur 394 · LES DEUX MULETS · texte numérisé non relu

LES DEUX MULETS

Deux mulets cheminaient, l'un d'avoine chargé,

L'autre portant l'argent de la gabelle *. Celui-ci, glorieux d'une charge si belle, N'eût voulu pour beaucoup en être soulagé.

Il marchait d'un pas relevé,

Et faisait sonner sa sonnette ;

Quand l'ennemi se présentant,

Comme il en voulait à l'argent, Sur le mulet du fisc une troupe se jette,

Le saisit au frein, et l'arrête.

Le mulet, en se défendant, Se sent percé de coups; il gémit, il soupire. Est-ce donc là, dit-il, ce qu'on m'avait promis? Ce mulet qui me suit du danger se retire;

Et moi, j'y tombe, et je péris !

Ami, lui dit son camarade, Il n'est pas toujours bon d'avoir un haut emploi : Si tu n'avais servi qu'un meunier, comme moi.

Tu ne serais pas si malade.

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