‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 88 sur 394 · LIVRE IV. FABLE I · texte numérisé non relu

LIVRE IV. FABLE I

Être admis dans notre alliance.

Pourquoi non? puisque leur engeance Valait la nôtre en ce temps-là, Ayant courage, intelli ence, Et belle hure outre cela.

Voici comment il en alla :

Un lion de haut parentage,

En passant par un certain pré,

Rencontra bergère à son gré :

Il la demande en mariage.

Le père aurait fort souhaité

Quelque gendre un peu moins terrible.

La donner lui semblait bien dur :

La refuser n'était pas sûr ;

Même un refus eût fait, possible,

Qu'on eût vu quelque beau matin

Un mariage clandestin :

Car, outre qu'en toute manière

La belle était pour les gens fiers,

Fille se coiffe volontiers

D'amoureux à longue crinière.

Le père donc ouvertement

N'osant renvoyer notre amant,

Lui dit : Ma tille est délicate .

Vos griffes la pourront blesser

Quand vous voudrez la caresser.

Permettez donc qu'à chaque patte

On vous les rogne ; et, pour les dents,

Qu'on vous les lime en même temps :

Vos baisers en seront moins rudes,

Et pour vous plus délicieux ;

Car ma fille y répondra mieux,

Étant sans ces inquiétudes.

Le lion consent à cela,

Tant son âme était aveuglée î

Sans dents ni griffes le voilà,

Comme place démantelée.

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