‹ Fables de P. Lachambeaudie (volume 2)Chapitre 103 sur 428 · LA TRUFFE ET LA POMME DE TERRE · texte numérisé non relu

LA TRUFFE ET LA POMME DE TERRE

A la pomme de terre on voulait marier La truffe ; mais, craignant de se mésallier,

Celle-ci, d'une voix altière,

S'écria : « Moi, m' associer

A cette vile roturière !

Moi, qui règne aux festins du riche et du gourmet, Avoir pour compagnon cet être sans noblesse,

Unir son goût maussade à mon divin fumet ! Ah ! ce manque d'égards me confond et me blesse. Allez aux champs, ma mie, allez aux carrefours Nourrir le peuple, vos amours... »

La Parmentière Alors reprit :

« Il ne te convient pas d'être avec moi si fière, Car nous sommes deux sœurs qu'un même sol nourrit. Oui, j'en fais vanité si tu m'en fais un crime, Celui que la misère opprime A moi jamais vainement n'eut recours.

Je pourrais, te rendant offense pour offense,

Te reprocher les \ilains tours Qu'à plus d'un estomac, qu'à mainte conscience... Mais chut ! tu me comprends, Et plus que toi je serai charitable.

Tu méprises le pauvre et recherches les grands... Je suis utile à tous : n'est-ce pas préférable? »

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