L'HABIT DE MON GRAND-PÈRE
Mon grand-père avait un habit Qui, par hérédité, jusqu'à moi se transmit. Mon aïeul, qui parvint à l'extrême vieillesse,
A sa mort seule le quitta ;
Cent fois mon père le porta
Dans les beaux jours de sa jeunesse, Fuis votre serviteur enfant en hérita.
Messieurs, à ma pensée il apparaît encore, Avec son drap chamois doublé de soie aurore,
Ses pans flottants et ses larges boutons. Dans cet accoutrement je marchais tête fière, Me rendant à l'église aux jours (]cs< grands sermons. Los basques descendaient plus bas (pie mes talons, Et, battant le pavé, soulevaient la poussière :
On riait, je ne riais point.
Tels et tels qui, de point en point, Exigent, s'attachant à la mode nouvelle, Les étoffes de prix, la forme la plus belle, Mais dont l'œil est toujours en arrière fixé.
Dont l'esprit rétrograde, esclave du passé, Se refuse au progrès en qui le monde espère, Portent, sans s'en douter, l'habit de leur grand-père.