ET L'ANE DE SANCIIO PANÇA
Don Quichotte, le soir d'une rude journée Pleine d'émotions et de rares exploits, A côté de Sancho sommeillait dans les bois ; L'un rêvait aux grandeurs, et l'autre à Dulcinée.
Voyant leurs maîtres endormis, Rossinante et Grison causaient en bons amis. L'âne dit au cheval : « Mon brave Rossinante, Il me vient une idée heureuse, surprenante. Veux-tu que, rejetant notre rôle passif, Nous allions sans retard, et d'une âme aguerrie, Parmi les animaux, race à l'esprit rétif, Créer le noble état de la chevalerie?
L'un de l'autre jamais jaloux,
En compagnons toujours fidèles,
Nous courtisons toutes les lui les
Qui broutent les prés andalous.
Forts de notre bon droit et de m die vaillance, Nous redressons les torts, nous sauvons linnoeence Agnemix. ne craignez plu- la colère <l<is loups! Faibles, soyez heureux; consolez-vous, \irtimes
Tigres, nous voici : gare à vous ! »
Mais 1* autre : « Qu'attends-tu de tes efforts sublimes?
— Les pâturages les pi us verts Sont notre récompense;
On nous aime, à souhait s'arrondit notre panse, Et notre renommée étonne l'univers.
— Crois-en ma vieille expérience, Toute médaille a son revers.
J'ai mainte et mainte cicatrice, Des dangers de la gloire ineffaçable indice; La soif, la faim, Les fatigues sans fin, Le mépris et les coups ont été mon partage. Toi, loin de nos combats par Sancbo bien nourri, Tu n'eus que les plaisirs et l'honneur du voyage. Ali! songe âmes douleurs, vois mon corps amaigri... — Je sens, dit le baudet, chanceler mon courage. Je n'avais pas encore, il faut en convenir, Sous ces noires couleurs entrevu l'avenir.
Beaux projets, je vous abandonne; La gloire, je le vois, présente une couronne D'épines et de fleurs... Qui craint de se blesser,
A la saisir doit renoncer. »