‹ Fables de P. Lachambeaudie (volume 2)Chapitre 179 sur 428 · L'ENFANT ET LE GÉANT · texte numérisé non relu

L'ENFANT ET LE GÉANT

I n homme gigantesque, aux sauvages penchants, 1 n chêne en main, parcourt les forêts et les champs. A lui s'offre un enfant, les yeux bleus, tête Monde nui lui dit : « Es-tu fort? — Je porterais le monde! — Sous sou joug souverain p;is un ne t'a dompté?

— Jamais! Mon bras vaut une armée;

Pour moi tout homme est un pygmée.

— Quelle est ta loi? — Ma volonté !

— Ta fierté me confond, ton audace m'étonne. Aux malheureux, parfois, as-tu fait quelque bien?

— IN" ayant pas besoin d'eux, je ne leur devais rien.

— Crains-tu Dieu? — Je ne crains personne.

— Tu vois ce rapide torrent :

Pourrais-tu, réponds-moi, toi si fort, toi si grand, Me porter au delà, monté sur ton épaule?

— Moi? je te porterais de l'un à l'autre pôle... » D'une robuste main aussitôt il le prend,

Et comme un passereau sur son dos il le pose. Mais à la traversée un obstacle s'oppose : Plus le géant s'avance, et plus l'eau s'élargit; Plus l'abîme est profond, et plus le flot mugit, Et, ce n'est pas un rêve au vaporeux mensonge, L'enfant se fait plus lourd et tout son corps s'allonge. Sous l'accablant fardeau l'orgueilleux s'inclinant, Tourne la tête et voit le Christ tout rayonnant. Alors l'Enfant divin, qu'il vient de reconnaître. Lui dit -. « Deviens plus humble et confesse ton maître. . . »

A ces mots, Jésus disparut,

Et l'onde en même temps décrut.

Le géant, recouvert de la plus pauvre étoffe, Revenu désormais à des pensers meilleurs, A travers le torrent passait les voyageurs. Comme il porta le Christ, on l'appela Christophe. Du ciel, jusqu'à la mort, il remplit les desseins, Et l'Église l'admit au nombre de ses saints.

Frères, vous le voyez, quand l'âme ou la matière A ses brutaux instincts se livre tout entière, Elle accomplit le mal ou fait de vains travaux;

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Mais quand l'esprit la vivifie, Parla foi. par l'amour elle se sanctifie,

Et compte les instants par des bienfaits nouveaux

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