L'AIYIOUR ET LE CHAGRIN
Cupidon frappe à la porte d'Hélène Dont la beauté compte seize printemps.
Elle ouvre, il entre, et ses yeux éclatants Font pénétrer une flamme soudaine Dans les replis de ce cœur ingénu.
Dans l'atmosphère un arôme inconnu Du vrai bonheur communique l'essence Et de l'Amour signale la puissance.
Qui donc survient ? On voit le dieu pâlir
El de sos yeux les rayons s'affaiblir.
Un étranger mystérieux et sombre
D'un manteau noir au loin projette l'ombre.
Devant la belle, au regard étonné,
Il porte un front de soucis couronné,
Et de l'Amour, qui baisse la prunelle,
Il va presser une main fraternelle,
Oui, fraternelle : il nomme Cupidon
Son digne frère et son cher compagnon .
En vain l'Amour veut repousser l'étreinte;
De la subir sa faiblesse est contrainte.
Hélène alors, le cœur glacé d'effroi :
« Quel est ce spectre horrible, réponds-moi?
— C'est le Chagrin ! Toujours de sa présence
Pèse sur moi la fatale influence;
De l'éviter j'ai beau prendre le soin.
Il me poursuit ou de près ou de loin ;
Innocemment je deviens infidèle
Aux tendres cœurs que son ombre attrista...
Adieu! » Disant ces mots, à grands coups d'aile
L'Amour s'enfuit, et le Chagrin resta.
Rade de Brest, à bord du Di'clesclin, 8 février 1858,