SCENE HISTORIQUE
n (un médecin. 50 ans:
Personnages : , ' . „
J ( UN ECOLIER, lO aiîS.
La scène se passe en 1821, à Montionac [Dor donne), dans le salon d'un médecin.
le .mkmkcin entendant frapper à la porte du salon) :
Entrez!
[L écolier, baissant les yeuap, f avance embarrassé vers le fauteuil du médecin, qui lui saisit la main, lui tâte le pouls ; après l'avoir ( taminé longtempê attentivement) :
Qu'as-tu?
l'écolier.
Des vers. . .
LE MÉDECIN
Quoi ! des vers à ton âge !
l'écolier.
Les premiers que je fis, je n'avais que dix ans.
le médecin.
Que dix ans!...
l'écolier.
Oui, Monsieur ; dix ans pas davantage.
le médecin (à part).
D'ordinaire, on les a plus tôt et moins longtemps.
l'écolier.
J'en ai fait ce matin...
le médecin.
Combien?
l'écolier.
Une vingtaine.
LE MÉDECIN
C'est beaucoup. . . Eh! dis-moi, te viennent-ils sanspeine?
l'écolier.
Non pas... pendant la nuit je veille, haletant; J'ai la tête embrasée et le cœur palpitant...
LE médecin (à part, lui tenant toujours la main) :
Oui, son pouls bat deux fois à toutes les secondes.
[Haut).
Eh! sont-ils longs tes vers? il faut que tu répondes A tout...
LÉCOLIER.
J'en ai de huit, de dix, de douze pieds.
LE MÉDECIN
Douze pieds!... [à part). Leurlongueurestextraordinaire
l'écolier.
Pour a ous les faire voir, si cela peut vous plaire, J'en ai sur moi deux cents...
(Il tire de sa poche un long cahier roule) »
2b6 POESIES DIVERSES.
LE MÉDECIN
Ils sont dans ces papiers?
LÉCOLIER.
Oui, Monsieur...
[Il présente le cahier au médecin, qui le déroule, et nu trouve que des fables).
LE MÉDECIN
Polisson, va-t'en!... Avec tes rimes A me faire enrager je crois que tu t'escrimes.
(// lui jette le cahier à la figure).
Voyez le beau malade! Il vient d un air piteux Me confier sa main pendant une heure ou deux ; Je lui prête l'oreille en toute conscience... Lui, sans égard pour l'âge et pour la faculté, D'un air de bonhomie et de simplicité, Par un long quiproquo déroute ma science...