LE LABOUREUR
AIR : Ttndrts échos errant dans ces vallons.
Eh quoi ! disait un pauvre laboureur, En sillonnant la terre de ses maîtres, Faut-il toujours traîner dans la douleur Le joug pesant qu'ont traîné nos ancêtres? Fille du ciel, ô sainte Égalité, Vers le bonheur conduis l'humanité.
Dans nos hameaux quand nous manquons de pain, Riches al tiers, pour vous naît l'abondance; A vous les fleurs, la joie et le bon grain; A nous l'ivraie et la longue souffrance.
Fille du ciel, ô sainte Egalité, Vers le bonheur conduis 1 humanité.
A vous toujours des rêves caressants Sur le duvet, trône de la mollesse; A nous, hélas! des travaux incessants : Point de repos, même pour la vieillesse! Fille du ciel, ô sainte Égalité, Vers le bonheur conduis l'humanité.
Luxe, plaisirs, richesse, dignités,
Par droit, dit-on, vous viennent en partage :
Haillons poudreux, mépris, infirmités,
Par droit aussi forment notre héritage.
Fille du ciel, ô sainte Egalité,
Vers le bonheur conduis l'humanité.
Vos vieux châteaux bravent les aquilons,
Les ouragans ébranlent ma chaumine,
Et quand vos chars roulent dans nos vallons,
Péniblement le laboureur chemine.
Fille du ciel, ô sainte Égalité,
Vers le bonheur conduis l'humanité.
Quand des combats vous craignez les fureurs, Pour vous nos lîls délaissent les faucilles, Et vous osez, infâmes suborneurs,
Porter la honte au sein de nos familles!
Fille du ciel, ô sainte Égalité.
Vers le bonheur conduis l'humanité.
A votre orgueil on érige un tombeau;
Avec splendeur vous voulez y descendre ; Lu froid gazon, une pierre, un lambeau Contre les vents protègent notre cendre. Fille du ciel, ô sainte Égalité, Vers le bonheur conduis l'humanité.