‹ Fables de P. Lachambeaudie (volume 2)Chapitre 34 sur 428 · L'HOMME ET LES CHATS · texte numérisé non relu

L'HOMME ET LES CHATS

Des chats faisaient sabbat dans un appartement, Mais sabbat infernal ; rien n'y manquait, vraiment. Nos drôles s'escrimaient de la gueule et des pattes, Et, pour gagner le cœur de mesdames les chattes. Par leurs miaulements témoignaient leurs transports. C'était un tintamarre à réveiller les morts. Aussi, dans le logis, le maître ni sa femme Ne purent fermer l'œil, on doit bien le penser. « Au diable les matous et leur vacarme infâme! Dit enfin le mari ; s'ils ne veulent cesser, A grands coups de bâton je les ferai danser. » Le bruit continuant, vers la chambre voisine. Sur la pointe des pieds, notre homme s'achemine.

Il ouvre, il entre, et le voilà

Frappant par ci, frappant par là,

Et renversant tout à son aise La pendule, une armoire, une table, une chaise, Et brisant maint»1 glace et maint vase «le prix. Pourtant, sous le bâton pas un chat ne fut pris.

Pourquoi? me direz-vous. — La question est bonne ! Je croyais que le fait ne surprendrait personne : Comme il n'est tel qu'un chat pour y voir clair la nuit. Le maître avait eu beau s'introduire sans bruit, Quand il ouvrit la porte . ils avaient sans trompette

Pris doucement la poudre d'escampette.

Qui fut penaud? le maître, on le devine assez ; Il en paya les pots cassés.

Thémis souvent ressemble à l'homme de ma fable :

A-t-on commis un crime quelque part, Vers le lieu du délit aussitôt elle part. Tandis qu'adroitement se sauve le coupable, Dans l'ombre elle s'en va, tout juste saisissant L'innocent.

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