LA LEÇON DE L'AIGUILLE
Allons, mon aiguille, o mon gagne-pain!
Vois, la lampe brille :
Vl< Itons-noUs en train.
il faut du cou \fin que l'ouvrage ^oii prêt pour demain.
Demain, vous aurez, Madame, Satin, dentelle, velours, Et vous serez, sur mon âme, Belle comme les amours...
Comme vous je serais belle, Et bravement, c'est certain, Je porterais la dentelle, Le velours et le satin.
(Elle se pique) Aie!., aussi, à quoi vais- je penser?... C'est bien fait, mademoiselle, cela vous apprendra à faire la coquette, au lieu de vous occuper de votre travail...
Allons, mon aiguille, etc.
Demain, qu'elle est triomphante I J'entends, bonheur sans égal, Des danseurs la foule ardente L'acclamer reine du bal...
Près de vous, ô souveraine, Si j'étalais ma beauté, Ah ! comme je serais vaine De ma part de royauté !...
(Elle se pique plus fort) Aïe ! aie ! (se portant le doigt à la bouche). Ah! maudite aiguille, lu m'as piquée jusqu'au sang!... C'est ma faute, après tout. Pourquoi vais-je me mettre dans la tète ces sots rêves d'orgueil !.. . Allons, reprenons tranquillement mon ouvrage, et repoussons bien loin ces vilaines pensées...
Allons, mon aiguille, etc.
Demain, que vicns-je d'entendre?
Le danseur le plus brillant (Elle ne peut s'en défendre) Lui donne un baiser brûlant...
Mon cœur tressaille et s'embrase A ce tableau si charmant; Quelle ivresse, quelle extase!
C'est un cblouissement. . .
(Elle se pique plus fort et pousse un cri ; le sang coule de son doigt ; elle l'entoure de son mouchoir et pousse des plaintes.) Ali! malheureuse aiguille! scélérate «l'aiguille, que tu m'as doue fait de mal ! Mais j'ai tort de m'en p rendre à elle ; n'est-ce pas moi seule qui suis à blâmer?... Au lieu de m'occuper de mon travail, je me berce de rêves dangereux... Décidément, je veux être sage, et ne penser qu'à remplir la tâche qui m'est impocée...
Allons, mon aiguille, O mon gagne-pain !
Vois, la lampe brille, .Mettons-nous en train. Doublons de courage Min que l'ouvrage Soit prêt pour demain.