MA NOURRICE
Dans le champ du passé, riche de maint trésor. Je cueille un souvenir d'une douceur amère. Quatre ans, une nourrice a remplacé ma mère, Dont ma naissance avait causé la mort.
Après un nouveau mariage Sous le toit paternel, où je fus rapporté, Souvent la bonne femme a quitte son vill. Pour voir le cher enfant qu'elle avait allaité. C'étaient, à chaque fois, des élans de tendresse, Et des profusions de baisers et de fruits. Gomme elle consolait mes précoces ennuis ! Gomme je lui rendais caresse pour caresse! Un jour — j'avais vingt ans — elle accourut vers moi
« Mon enfant, j'ai besoin de toi;
Tu vas me rendre un grand service.
Par un méchant, par un vaurien
Je suis appelée en justice :
Question de clôture et de mur mitoyen... Or, j'ai compté sur toi pour prendre ma défense.., Quand on sait le latin... — Ah! d'un autre avocat
Réclamez l'assistance !
Lui dis-je, tout confus; ma mère, un tel débat N'est pas de mon ressort ni de ma compétence... En de meilleures mains placez vos intérêts. » Sans croire à mes regrets, A ma sollicitude, La pauvre femme, à ces mots, disparut:
Plus tard, sans doute, elle mourut
En m'accusant d'ingratitude.
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