LA FUSÉE ET LA LAMPE
Ivre d'un vain mérite et folle de jactance, La fusée à la lampe un jour parlait ainsi :
« Flambeau pâle et sans gloire, éloigne-toi d'ici ;
Tu compromets par ta présence Une fille des cieux, dont les feux éclatants... >. Mais quelqu'un l'interrompt : « Madame la fusée, Je défends contre vous la lampe méprisée ; Feu follet qui dans l'air brillez si peu d'instants, Vous êtes des oisifs l'amusette frivole. La lampe, à mon avis, remplit un plus beau rôle ; Quoique moins radieuse, elle luit plus longtemps ; Elle est a l'atelier, au fond du sanctuaire, Au grenier du poète, au lit de la douleur, Compagne du travail et sœur de la prière : Partout son doux rayon console le malheur. »
A la fusée orgueilleuse et futile Ressemblent la plupart de nos littérateurs ;
Lampe modeste, mais utile, Tu comptes dans leurs rangs trop peu d'imitateurs.