‹ Fables de P. LachambeaudieChapitre 10 sur 354 · LE ROI ET LE PEUPLE · texte numérisé non relu

LE ROI ET LE PEUPLE

Un Peuple gémissait, accablé de détresse. Le prince ayant appris ces revers affligeants, Résout de visiter ses sujets indigents, Pour mettre un terme au mal qui les oppresse, El pour doter sa patrie aux abois De plus riches travaux et de plus sages lois.

Quoiqu'il voulût, en homme sage, Surprendre incognito le malheur sur les lieux,

Ses courtisans officieux, Aux champs, dans les cités, annoncent son passage,

Et les plus pauvres aussitôt, A l'envi simulant une gaité parfaite, Pour la première fois mettent la poule au pot,

Remplacent leur pain noir par des gâteaux de fûte, Sous leurs plus frais haillons cachent leur nudité. Le prince croit réelle une fausse richesse; Il prend pour du bonheur cette feinte allégresse, Si bien qu'en son palais il retourne, enchanté

D'avoir, au lieu de la tristesse, Vu partout tant de joie et de félicité.

Voilà comme les rois savent la vérité : Courtisans de malheur, engeance diabolique, Quand un roi, par hasard, veut faire son devoir, Ne couvrez pas de fleurs l'infortune publique, Afin qu'il ne puisse la voir!

FABLES DE LACHAMBEAUD1 E.

LE voyageur;

Lu homme, gravissant dos montagnes arides,

Ne voyait depuis trois longs jours Que des rocs escarpés, les ailes des vautours, I>rs abîmes profonds ci des torrents rapides. Sentant ses pieds meurtris aux ronces du chemin, El voulant terminer de | rblea voyages ,

Il maudit le sort inhumain Qui l'abandonne ainsi sur des rochers sauvages,

Et demande à la mort un plus beau lendemain.

Il allait s'élancer au fond des précipices,

Quand un paire l'anéle, el , lui tendant la main,

Lui ilii : a Vivez sous de meilleurs auspicei ,

i , de voira cœur chassez le désespoir

Courage '■ Buivez moi ; ce i oir,

De ces monts sourcilleux nous gagnerons le faite. Sous un manteau de fleurs, sous des habits de fête, La terre y voit régner un printemps éternel. Là vous partagerez, sous un toit fraternel, Le lait de nos brebis et l'eau de nos fontaines; Vous verrez sous vos pieds les terrestres domaines, Kt sur vous passeront les étoiles du ciel. »

Peuple, dont le pied saigne aux buissons de la route,

Ainsi in marches, et, sans doute, Dans les sentiers mauvais lu saigneras encor. Garde que ton courage aux cailloux ne se brise : Bientôt tu parviendras à la terre promise Où doit briller pour tous un nouvel Age d'or.

FABLES DE LACHAJI BEAUDIE.

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