EABEIELE ET LE PAPILLON
L'Abeille au Papillon parlai! un jour ainsi :
« Vcux-tn jusqu'à la mort, dans (nus les coins du monde,
Eparpiller la vie oiseuse ri vagabonde
Et de ton avenir n'avoir aucun "• ci?
D'un travail assidu je suis le irai modèle :
Ainsi qu'à mon nectar-, à ma ruche fidèle,
Le même toit m'abrite constamment. »
Elle aurait volontiers poursuivi la semonce; Mais deux hommes par là passant en ce moment, Le Papillon se sauve, emportant sa réponse. « L'Abeille, dit l'un d'eux, n'a-t-elle pas raison?... — Non!
Car, selon moi, toute nature est sainte; Faut-il tous nous cloîtrer dans une étroite enceinte'/ Le Papillon, disaient les poètes anciens, C'est l'esprit dégagé des terrestres liens: Emcraude vivante et diamant qui vole,
I)' l'âme voyageuse il offre le symbole; Il va de fleur en fleur, au gré de son désir. Et, quand s'exhale enfin sa vie insoucieuse, Il seml.de encor rôver d'amour et de plaisir... »
L'aiir' répond : « L'Abeille industrieuse, Qui sur toutes les Heurs cueille un miel abondant.
N'est-ce pas l'écolier prudent Qui puise dans l'élude une douce ambroisie; El l'autre, n'est-ce pas un enfant insensé Préférant au savoir sa vaine fantaisie, Et pour le plaisir seul se montrant empressé?
— Vous avez raison, je l'avoue;
Mais c'est encor l'homme qui voue A toute poésie un culte intéressé.
Et celui qui demande à la muse qu'il aime. Non pas un vil métal, mais la muse elle-même. •