‹ Fables de P. LachambeaudieChapitre 101 sur 354 · EABEIELE ET LE PAPILLON · texte numérisé non relu

EABEIELE ET LE PAPILLON

L'Abeille au Papillon parlai! un jour ainsi :

« Vcux-tn jusqu'à la mort, dans (nus les coins du monde,

Eparpiller la vie oiseuse ri vagabonde

Et de ton avenir n'avoir aucun "• ci?

D'un travail assidu je suis le irai modèle :

Ainsi qu'à mon nectar-, à ma ruche fidèle,

Le même toit m'abrite constamment. »

Elle aurait volontiers poursuivi la semonce; Mais deux hommes par là passant en ce moment, Le Papillon se sauve, emportant sa réponse. « L'Abeille, dit l'un d'eux, n'a-t-elle pas raison?... — Non!

Car, selon moi, toute nature est sainte; Faut-il tous nous cloîtrer dans une étroite enceinte'/ Le Papillon, disaient les poètes anciens, C'est l'esprit dégagé des terrestres liens: Emcraude vivante et diamant qui vole,

I)' l'âme voyageuse il offre le symbole; Il va de fleur en fleur, au gré de son désir. Et, quand s'exhale enfin sa vie insoucieuse, Il seml.de encor rôver d'amour et de plaisir... »

L'aiir' répond : « L'Abeille industrieuse, Qui sur toutes les Heurs cueille un miel abondant.

N'est-ce pas l'écolier prudent Qui puise dans l'élude une douce ambroisie; El l'autre, n'est-ce pas un enfant insensé Préférant au savoir sa vaine fantaisie, Et pour le plaisir seul se montrant empressé?

— Vous avez raison, je l'avoue;

Mais c'est encor l'homme qui voue A toute poésie un culte intéressé.

Et celui qui demande à la muse qu'il aime. Non pas un vil métal, mais la muse elle-même. •

Page 1