‹ Fables de P. LachambeaudieChapitre 241 sur 354 · LE BERCER ET LA VIOLETTE · texte numérisé non relu

LE BERCER ET LA VIOLETTE

Dans la chaumine étroite où vit la pauvreté, Comme sous les lambris où s'endort la moltesse,

La nature, dans sa largesse, Fit nailre le désir d'un éclat mérité.

Un poète-berger (la poésie inspire Les ouvriers des champs et ceux de l'atelier: Au temple du travail sa lampe aime à veiller, Et parfois le marteau s'accorde avec la lyre Un Poète-Berger module une chanson :

« Humble et modeste Violette Uni te caches sous le buisson...

— Je ne me cache pas! interrompt la fleurette. Si j'ai reçu le jour sous le rude arbrisseau, C'est l'avare destin qui me lit ce berceau.

Mais bientôt je renonce aux lieux de ma naissance;

Ma couleur, mes parfuns signalent ma présence;

D'un amant quelquefois le doigt ensanglanté

Av ec bonheur m'attache au sein de la beauté;

Je devance toujours la rose printanière;

Aux bals, dans les concerts, au théâtre, aux salons,

On accorde la palme à la fleur des vallons...

Jadis d'un empereur j'ornai la boutonnière ;

Que rêve, dans ses nuits, l'humble fille des champs?

In brillant mariage, une riche toilette;

Ne vois-tu pas la gloire en tes rustiques chants?...

Ah ! crois-moi , de la violette

Les poètes ont trop vanté L'antique modestie et la simplicité. »

Rade (le Brest, a bord du Omueteliu., in janvier 1832.

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