VI. Le Renard* le Singe» et le» Animaux
Les animaux, au décès d'un lion, En son vivant prince de la contrée , Pour faire un roi s'assemblèrent , dit-on. De son étui la couronne est tirée :
Dans une chartre1 un dragon la gardait. Il se trouva que , sur tous essayée , A pas un d'eux elle ne convenait :
Plusieurs avaient la tête trop menue.
Aucuns2 trop grosse, aucuns même cornue. Le singe aussi fit. l'épreuve en riant ; Et, par plaisir la tiare essayant, Il fit autour force grimaceries3, Tours de souplesse, et mille singeries, • . Passa dedans ainsi qu'en un cerceau. Aux animaux cela sembla si beau, Qu'il fut élu : chacun lui fit hommage. Le renard seul regretta son suffrage,
1 Un lieu de réserve, une prison.
2 Quelques-uns. Voyez ci-dessus la fable I de ce livre, cl ci-après ia fable xix du livre XII.
3 Ce mot ne se trouve que dans notre poète, et il est sï bien placé qu'on oublie qu'il a été inventé pour la rime
Sans toutefois montrer son sentiment.
Quand il eut fait son petit compliment , Il dit au roi : Je sais, sire, mie cache, Et ne crois pas qu'autre que moi la sache. Or tout trésor, par droit de royauté , Appartient, sire, à votre majesté.
Le nouveau roi bâille1 après la finance; Lui-même y court pour n'être pas trompé. C'était un piège : il y fut attrapé.
Le renard dit, au nom de l'assistance : Prétendrais-tu nous gouverner encor, Ne sachant pas te conduire toi-même ?
Il fut démis ; et l'on tomba d'accord Qu'à peu de gens convient le diadème.