‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 125 sur 287 · V. La Fille · texte numérisé non relu

V. La Fille

Certaine fille , un peu trop fière ,

Prétendait trouver un mari Jeune, bien fait, et beau, d'agréable manière, Point froid et point jaloux : notez ces deux points-ci.

Cette fille voulait aussi

Qu'il eût du bien , de la naissance , De l'esprit , enfin tout. Mais qui peut tout avoir ! Le Destin se montra soigneux de la pourvoir :

Il vint des partis d'importance.

La belle les trouva trop chétifs de moitié : Quoi ! moi ! quoi ! ces gens-là ! l'on radote , je pense. A moi les proposer! hélas! ils font pitié :

Voyez un peu la belle espèce! L'un n'avait en l'esprit nulle délicatesse; L'autre avait le nez fait de cette façon-là :

C'était ceci , c'était cela ;

C'était tout, car les précieuses

Font dessus tout les dédaigneuses.

Après les bons partis , les médiocres gens

Vinrent se mettre sur les rangs.

Elle de se moquer. Ah ! vraiment je suis bonne De leur ouvrir la porte! Us pensent que je suis

Fort en peine de ma personne :

Grâces à Dieu , je passe les nuits

Sans chagrin, quoique en solitude.

La belle se sut gré de tous ces sentiments ; L'âge la flt déchoir : adieu tous les amants. Un an se passe, et deux, avec inquiétude : Le chagrin vint ensuite; elle sent chaque jour Déloger quelques Ris, quelques Jeux, puis l'Amour;

Puis ses traits choquer et déplaire, Puis cent sortes de fards. Ses soins ne purent faire Qu'elle échappât au Temps, cet insigne larron.

Les ruines d'une maison Se peuvent réparer : que n'est cet avantage

Pour les ruines du visage !

Sa préciosité1 changea lors de langage.

Son miroir lui disait : Prenez vite un mari. Je ne sais quel désir le lui disait aussi ; Le désir peut loger chez une précieuse. Celle-ci fit un choix qu'on n'aurait jamais cru, Se trouvant à la fin tout aise et tout heureuse

De rencontrer un malotru.

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