IV. Les Poissons et le Cormoran
Il n'était point d'étang dans tout le voisinage Qu'un cormoran n'eût mis à contribution : Viviers et réservoirs lui pavaient pension. Sa cuisine allait bien : mais, lorsque le long âge
i Oison n'a jamais signifié que le petit d'une oie, cl, par métaphore-, une personne simple et bornée.
- Issus de même source ou d'une même lignée ou race. Le dictionnaire de l'Académie française du temps de la Fontaine dit que le mot lignage est vieux : notre poète l'aura sans doute rajeuni; car, depuis la publication de ses fables, aucun dictionnaire, sans en excepter celui de l'Académie française, n'a reproduit cette remarque : mais tous les lexicographes l'ont fait à l'égard du mot parentage, qui était vieux aussi, même lorsque la Fontaine écrivait, et qui ne s'employait qu'en vers. Marot s'est servi de l'un et de l'autre mot.
Eut glacé le pauvre animal ,
La même cuisiue alla mal.
Tout cormoran se sert de pourvoyeur lui-même. Le nôtre . un peu trop vieux pour voir au fond des eaux ,
N'ayant ni filets ni réseaux,
Souffrait une disette extrême.
Que fit-il? Le besoin, docteur en stratagème, Lui fournit celui-ci. Sur le bord d'un étaûg
Cormoran vit une écrevisse.
Ma commère, dit-il, allez tout à l'instant
Porter un avis important A ce peuple : il faut qu'il périsse ; Le maître de ce lieu dans huit jours péchera.
L'écrevisse en hâte s'en va
Conter le cas. Grande est rémuté1,
On court, on s'assemble, on députe
A l'oiseau : Seigneur Cormoran .
D'où vous vient cet avis ? Quel est votre garant ?
Êtes-vous sûr de cette affaire ?
N'y savez-vous remède? Et qu'est-il bon de faire? Changer de lieu, dit-il. — Comment le ferons-nous? — M'en soyez point en soin : je vous porterai tous
L'un après l'autre, en ma retraite.
Nul que Dieu seul et moi n'en connaît les chemins :
Il n'est demeure plus secrète.
Un vivier que Nature y creusa de ses mains,
Inconnu des traîtres humains,
Sauvera votre république.
On le crut. Le peuple aquatique
L'un après l'autre fut porté
Sous ce rocher peu fréquenté.
Là, Cormoran le bon apôtre,
Les ayant mis en un endroit
Transparent, peu creux, fort étroit,
i Emule pour émeute, par licence poétique.
Vous les prenait sans peine, un jour l'un, un jour l'autre
Il leur apprit à leurs dépens Que Ton ne doit jamais avoir de confiance
En ceux qui sont mangeurs de gens.
Ils y perdirent peu, puisque l'humaine engeance En aurait aussi bien croqué sa bonne part. Qu'importe qui vous mange, homme ou loup ? toute pause
Me paraît une à cet égard :
Un jour plus tôt, un jour plus tard,
Ce n'est pas grande différence.