XIII. lia Lionne et l'Ourse
Mère lionne avait perdu son faon* :
( n chasseur l'avait pris. La pauvre infortunée
♦ VAR. ! : Fan. Cette leçon n été conservée dans quelques éditions ; non
Jiasqncce mot s'écrivît différemment dn temps de la Fontaine qu'il ne s'écrit aujourd'hui, mais parce qu'il se prononce /a«, et que les poètes pouvaient alors altérer l'orthographe des inot-i, pour rimer aux yeux comme aux oreilles. Le mot/aoît est ici impropre ; car,
Poussait un tel rugissement
Que toute la forêt était importunée.
La nuit ni son obscurité , Son silence, et ses autres charmes,
De la reine des bois n'arrêtaient les vacarmes :
Nul animal n'était du sommeil visité.
L'ourse enfin lui dit : Ma commère , Un mot sans plus : tous les enfants Qui sont passés entre vos dents N'avaient-ils ni père ni mère?
— Ils en avaient. — S'il est ainsi,
Et qu'aucun de leur mort n'ait nos têtes rompues , Si tant de mères se sont tues , Que ne vous taisez-vous aussi?
— Moi , me taire ! moi , malheureuse ! Ah! j'ai perdu mon fils! il me faudra traîner
Une vieillesse douloureuse !
— Difes-moi, qui vous force à vous y condamner?
— Hélas! c'est le Destin qui me hait. — Ces paroles Ont été de tout temps en la bouche de tous.
Misérables humains, ceci s'adresse à vous! Je n'entends résonner que des plaintes frivoles. Quiconque, en pareil cas, se croit haï des cieux, Qu'il considère Hécube1, il rendra grâce aux dieux.
bien ayant la Fontaine, il ne s'employait que pour désigner le petit d'une biche, d'un chevreuil, ou d'un daim. « On ne peut dire faon d'une teste mordante, comme lave, ourse, lionne, éléphantc, ainsi autres noms particuliers. » Nicot, Thrcsor âe la longue françoi/se, 1606, in-folio, au mot Faon. Cependant plus anciennement ce mot paraît avoir été employé pour désigner les petits de tous les animaux ; du moins nous avons un exemple qui prouve que le mot faoner s'employait pour engendrer en général, quand il s'agissait des animaux :
Les oisiaux, aussi les poissons,
Qui moult sont biaux à regarder,
Sayent bien mes règles garder ;
lous faonent & lor usages,
Et font honneur à lor lignages.
Roman de ta Rose.
i Cette reine, après avoir vu périr sous ses yeux Priam son mari, et la plus grande partie de ses enfants, sa ville et son royaume, fut réduite: en esclavage.