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III. Le Thésauriseur et le Singe

Un homme accumulait. On sait que cette erreur

Va souvent jusqu'à la fureur.

Celui-ci ne songeait que ducats et pistoles. Quand ces biens sont oisifs, je tiens qu'ils sont frivoles.

Pour sûreté de son trésor, Notre avare habitait un lieu dont Amphitrite Défendait aux voleurs de toutes parts l'abord. Là , d'une volupté selon moi fort petite , Et selon lui fort grande, il entassait toujours

Il passait les nuits et les jours A compter, calculer, supputer sans relâche , Calculant, supputant, comptant comme à la tâche; Car il trouvait toujours du mécompte à son fait. Un gros singe , plus sage , à mon sens , que son maître , .fêtait quelque doublon* toujours par la fenêtre.

* Vas. Quelques doublons au pluriel, dans les éditions modernes, contraires en cela à celle de 1694.

Et rendait le compte imparfait :

La chambre, bien cadenassée, Permettait de laisser l'argent sur le comptoir. Un beau jour dom Bertrand se mit dans la pensée D'en faire un sacrifice au liquide manoir.

Quant à moi, lorsque je compare Les plaisirs de ce siuge à ceux de cet avare , Je ne sais bonnement auxquels * donner le prix : Dom Bertrand gagnerait près de certains esprits ; Les raisons en seraient trop longues à déduire Un jour donc l'animal, qui ne songeait qu'à nuire, Détachait du monceau , tantôt quelque doublon ,

Un jacobus, un ducaton, t

Et puis quelque noble à la rose ' ; Éprouvait son adresse et sa force à jeter Ces morceaux de métal , qui se font souhaiter

Par les humains sur toute chose.

S'il n'avait entendu son compteur à la Gn

Mettre la clef dans la serrure , Les ducats auraient tous pris le même chemin ,

Et couru la même aventure ; Il les aurait fait tous voler jusqu'au dernier Dans le gouffre enrichi par maint et maint naufrage.

Dieu veuille préserver maint et maint ûnaucier Qui n'en fait pas meilleur usage !

* VAR. Toutes les éditions modernes ont substitué à tort le mot auquel i Q que porte l'édition originale.

i Le ducaton était une monnaie d'argent valant un peu plu s d'un écu. Le noble à la rose et le jacobus étaient deu\. monnaies d'or d'Angleterre, la première équivalant à la guinée, la dernière valant environ un septième de plus. Il existait encore beaucoup de ces monnaies du temps de Louis XIV, et leur valeur comparative était réglée par une ordonnance du roi. Voyez ['Évaluation et tarif des espèces d'or et d'argent, fait et arrêté le deuxième de mai 107'J. Rouen, in-8° de quatorze pages.

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