‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 226 sur 287 · XXII. Un Fou et un Sage · texte numérisé non relu

XXII. Un Fou et un Sage

Certain fou poursuivait à coups de pierre un sage.

Le sage se retourne , et lui dit : Mon ami ,

C'est fort bien fait à toi , reçois cet écu-ci.

Tu fatigues assez pour gagner davantage;

Toute peine, dit-on, est digne de loyer1 :

Vois cet homme qui passe , il a de quoi payer ;

Adresse-lui tes dons, ils auront leur salaire.

Amorcé par le gain , notre fou s'en va faire Même insulte à l'autre bourgeois.

On ne le paya pas en argent cette fois.

Maint estafier accourt : on vous happe notre homme, On vous l'échiné, on vous l'assomme.

Auprès des rois il est de pareils fous : A vos dépens ils font rire le maître.

Pour réprimer leur babil , irez-vous Les maltraiter? Vous n'êtes pas peut-être Assez puissant. Il faut les engager A s'adresser à qui peut se venger2.

1 De salaire, de récompense. Ce mot esl encore employé dans ce sens par les poètes modernes.

- Dans un exemplaire des Ouvrages de prose et de poésie des sieurs Maucroix et de la Fontaine, je trouve à la suite de celte fable (p. Il) une note manuscrite, en écriture du temps, ainsi conçue : " Cette fable fut faite contre le sieur abbé du Plessis, une espèce de fou sérieux, qui s'était mis sur le pied de censurer à la cour les ecclésiastiques, ci môme les cvèques, et que M. l'archevêque de Reims lit bien châtier. »

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