XXIV. I^e Soleil et les Grenouilles
Les filles du limon tiraient du roi des astres
Assistance et protection :
Guerre ni pauvreté , ni semblables désastres Ne pouvaient approcher de cette nation; Elle faisait valoir en cent lieux son empire. Les reines des étangs, grenouilles veux-je dire (Car que coûte-t-il d'appeler Les choses par noms honorables ?) , Contre leur bienfaiteur osèrent cabaler,
Et devinrent insupportables.
L'imprudence, l'orgueil, et l'oubli des bienfaits,
Enfants de la bonne fortune, Firent bientôt crier cette troupe importune : On ne pouvait dormir en paix.
Si l'on eût cru leur murmure , Elles auraient , par leurs cris , Soulevé grands et petits Contre l'œil de la nature.
Le soleil, à leur dire, allait tout consumer; Il fallait promptement s'armer, Et lever des troupes puissantes.
Aussitôt qu'il faisait un pas, Ambassades coassantes Allaient dans tous les États:
A les ouïr, tout le monde , Toute la machine ronde Roulait sur les intérêts De quatre méchants marets*.
* VA H. Dans les trois éditions du recueil du P. Bonhours, que j'ai sous les yeux, celle de Paris, 1693, p. 14 ; celle de Hollande, même année, p. 18 ; celle de Paris, 1701, p. 13, ou trouve marets ; et il est évident que ce mot a été écrit ainsi par l'auteur pour rimer avec intérêts; car cette orthographe n'était plus en usage de son temps. Dans le dictionnaire de Furetière, 1G99, on trouve marestet marais, mais nulle part marets.
Cette plainte téméraire Dure toujours; et pourtant Grenouilles doivent se taire , Et ne murmurer pas tant :
Car si le soleil se pique , il le leur fera sentir ; La république aquatique Pourrait bien s'en repentir.