X. 1<* Ane chargé d'épongés» et l'Ane chargé «le sel
Un ânier, son sceptre à la main ,
Menait, en empereur romain,
Deux coursiers à longues oreilles.
L'un, d'épongés chargé, marchait comme un courrier;
Et l'autre, se faisant prier,
Portait, comme on dit, les bouteilles1 : Sa charge était de sel. Nos gaillards pèlerins,
Par monts, par vaux, et par chemins, Au gué d'une rivière à la fin arrivèrent,
Et fort empêchés se trouvèrent.
L'ànier, qui tous les jours traversait ce gué-là,
Sur l'âne à l'éponge monta ,
Chassant devant lui l'autre bête,
Qui , voulant en faire à sa tête ,
Dans un trou se précipita ,
Revint sur l'eau, puis échappa :
Car, au bout de quelques nagées2,
Tout son sel se fondit si bien,
i Marchait lentement. Expression proverbiale.
2 Ce mot appartient au vocabulaire des mariniers et des nageurs. Quoiqu'il n'ait point encore été admis dans les dictionnaires de la langue, il mérite d'v trouver place; car il n'y en a point d'autre pour exprimer la même idée : il est si clair et si heureusement
Que Je baudet ne sentit rien
Sur ses épaules soulagées.
Camarade épongier1 prit exemple sur lui. Comme un mouton qui va dessus la foi d'autrui. Voilà mon âne à l'eau; jusqu'au col il se plonge,
Lui, le conducteur, et l'éponge.
Tous trois burent d'autant : l'ânier et le grison
Firent à l'éponge raison.
Celle-ci devint si pesante ,
Et de tant d'eau s'emplit d'abord , Que l'âne succombant ne put gagner le bord.
L'ânier l'embrassait, dans l'attente
D'une prompte et certaine mort.
Quelqu'un vint au secours : qui ce fut, il n'importe : C'est assez qu'on ait vu par là qu'il ne faut point
Agir chacun de même sorte.
J'en voulais venir à ce point.