‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 3 sur 287 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

L'indulgence que l'on a eue pour quelques-unes de mes fables1 me donne lieu d'espérer la même grâce pour ce recueil. Ce n'est pas qu'un des maîtres de notre éloquence2 n'ait désapprouvé le dessein de les mettre en vers : il a cru que leur principal ornement est de n'en avoir aucun ; que d'ailleurs la contrainte de la poésie , jointe à la sévérité de notre langue, m'embarrasseraient* en beaucoup d'endroits, et banniraient de la plupart de ces récits la breveté**, qu'on peut fort bien appeler l'âme du conte, puisque sans elle il fautnécessairement qu'il languisse. Cette opinion ne saurait partir que d'un homme d'excellent goût ; je demanderais seulement qu'il en relâchât quelque peu , et qu'il crût que les grâces lacédémoniennes ne sont pas tellement ennemie des muses françaises, que l'on ne puisse souvent les faire marcher de compagnie.

Après tout . je n'ai entrepris la chose que sur l'exemple, je ne veux pas dire des anciens , qui nt tire point à conséquence pour moi, mais sur celui

1 Ces mots prouvent qu'antérieurement à Vannée 1G68, époque de la publication de ce premier recueil, la Fontaine avait déjà fait paraître quelques-unes de ses fables, ou qu'elles avaient circulé en manuscrit.

2 Notre poète désigne ici Patin, célèbre avocat au parlement de Paris, et membre de l'Académie française, son ami et celui de Boilean.

* VAlt. M embarrasserait et honnirait dans les éditions modernes. Lee quatre alitions du temps du lu Fontaine ont le pluriel.

• • '• '.-.;:. Briet i lé dans les éditions modernes. Voyez ci-après la note, p. 3:'.

des modernes. C'est de tout temps, et chez tous les peuples qui font profession de poésie , que le Parnasse a jugé ceci de son apanage. A peine les fables qu'on attribue à Ésope virent le jour, que Socrate* trouva à propos de les habiller des livrées des muses. Ce que Platon en rapporte est si agréable, que je ne puis m'empêcher d'en faire un des ornements de cette préface. 11 dit que, Socrate étant condamné au dernier supplice, l'on remit l'exécution de l'arrêt . à cause de certaines fêtes. Gébès l'alla voir le jour de sa mort. Socrate lui dit que les dieux l'avaient averti plusieurs fois, pendant son sommeil, qu'il devait s'appliquer à la musique avant qu'il mourût. Il n'avait pas entendu d'abord ce que ce songe signifiait ; car, comme la musique ne rend pas l'homme meilleur, à quoi bon s'y attacher2? Il fallait qu'il y eût du mystère là-dessous, d'autant plus que les dieux ne se lassaient point de lui envoyer la même inspiration. Elle lui était encore venue une de ces fêtes. Si bien qu'en songeant aux choses que le ciel pouvait

1 Ces fables étaient connues depuis longtemps, lorsque Socrale vint au monde. Bayle (article Ésope, page 1112, édit. de 1720) critique, à ce sujet, avec raison notre fabuliste, qui termine son récit par une phrase qui est en contradiction avec celle-ci, puisqu'il nous apprend , d'après Platon, que ce fut seulement dans tes derniers moments de sa vie que Socrate s'occupa de mettre tes fables d Ésope en vers; ce qui ne montre pas l'empressement que, la Fontaine annonce ici.

2 Bayle (Dictionnaire, article Ésope, page 1113) accuse avec raison la Fontaine d'avoir dénaturé le récit de Platon. Il se trouve dans le Phédori, ou le Dialogue sur l'âme. On peut consulter la traduction qu'en a donnée M. Thurot dans son Apologie de Sociale d'après Platon et Xénophon, 1806, in-8°. p. 227 ; et surtout la note qui est à la page 128, dans laquelle le savant traducteur prouve que le mot musique en grec, indépendamment de sa signification ordinaire, s'appliquait aussi à tous les genres de doctrine et d'études, et au système général des sciences et des beauxarts.

exiger de lui, il s'était avisé que la musique et la poésie ont tant de rapport , que possible était-ce de la dernière qu'il s'agissait. Il n'y a point de bonne poésie sans harmonie : mais il n'y en a point non plus sans fictions ; et Socrate ne savait que dire la vérité. Enfin il avait trouvé un tempérament : c'était de choisir des fables qui continssent quelque chose de véritable, telles que sont celles d'Ésope. Il employa donc à les mettre en vers les derniers moments de sa vie.

Socrate n'est pas le seul qui ait considéré comme sœurs la poésie et nos fables. Phèdre a témoigné qu'il était de ce sentiment; et, par l'excellence de son ouvrage, nous pouvons juger de celui du prince des philosophes. Après Phèdre, Aviçnus a traité le même sujet. Enfin les modernes les ont suivis : nous en avons des exemples non seulement chez les étrangers, mais chez nous. Il est vrai que, lorsque nos gens y ont travaillé , la langue était si différente de ce qu'elle est, qu'on ne les doit considérer que comme étrangers. Gela ne m'a point détourné de mon entreprise : au contraire , je me suis flatté de l'espérance que si je ne courais dans cette carrière avec succès, on me donnerait au moins la gloire de l'avoir ouverte.

Il arrivera possible que mon travail fera naître à d'autres personnes l'envie de porter la chose plus loin. Tant s'en faut que cette matière soit épuisée, qu'il reste encore plus de fables à mettre en vers que je n'en ai mis. J'ai choisi véritablement les meilleures, c'est-à-dire, celles qui m'ont semblé telles : niais , outre que je puis m'ètre trompé dans mon choix, il ne sera pas bien difficile de donner un autre tour à celles-là même que j'ai choisies; et si ce

tour est moins long , il sera sans doute plus approuvé. Quoi qu'il en arrive , on m'aura toujours obligation , soit que ma témérité ait été heureuse , et que je ne me sois point trop écarté du chemin qu'il fallait tenir, soit que j'aie seulement excité les autres à mieux faire.

Je pense avoir justifié suffisamment mon dessein : quant à l'exécution, le public en sera juge. On ne trouvera pas ici l'élégance ni l'extrême breveté* qui rendent Phèdre recommandable : ce sont qualités au-dessus de ma portée. Gomme il m'était impossible de l'imiter en cela, j'ai cru qu'il fallait en récompense égayer l'ouvrage plus qu'il n'a fait. Non que je le blâme d'en être demeuré dans ces termes : la langue latine n'en demandait pas davantage; et, ei l'on y veut prendre garde, on reconnaîtra dans cet auteur le vrai caractère et le vrai génie de Térence. La simplicité est magnifique chez ces grands hommes : moi, qui n'ai pas les perfections du langage comme ils les ont eues , je ne la puis élever à un si haut point. Il a donc fallu se récompenser d'ailleurs : c'est ce que j'ai fait avec d'autant plus de hardiesse, que Quintilien dit qu'on ne saurait trop égayer les narrations'. Il ne s'agit pas ici d'en apporter une raison : c'est assez que Quintilien l'ait dit. J'ai pourtant considéré que, ces fables étant sues de tout le monde, je ne ferais rien si je ne les rendais nouvelles par quelques traits qui en relevassent le goût.

* VA n. Dans les éditions modernes il y a briiveté ; mais dans toutes celles qne l'auteur a publiées on trouve breveté: l'un et l'autre pouvaient se dire de son temps; cependant le dernier était déjà le moins usité.

1 Voici, je crois, le passage de Quintilien auquel notre poète fait allusion : Ego vero narrât ionem, ut si ullam partent orationis, omni qua potest gratia et venere exornandam. Quint., Inst. orat., lib. IV, cap. n.

C'est ce qu'on demande aujourd'hui : on veut de la nouveauté et de la gaieté. Je n'appelle pas gaieté ce qui excite le rire; mais un certain charme, un air agréable qu'on peut donner à toutes sortes de sujets, même les plus sérieux.

Mais ce n'est pas tant par la forme que j'ai donnée à cet ouvrage qu'on en doit mesurer le prix, que par son utilité et par sa matière : car qu'y a-t-il de recommandante dans les productions de l'esprit qui ne se rencontre dans l'apologue? C'est quelque chose de si divin , que plusieurs personnages de l'antiquité ont attribué la plus grande partie de ces fables à Socrate, choisissant, pour leur servir de père , celui des mortels qui avait le plus de communication avec les dieux. Je ne sais comme ils n'ont point fait descendre du ciel ces mêmes fables1, et comme ils ne leur ont point assigné un dieu qui en eût la direction, ainsi qu'à la poésie et à l'éloquence. Ce que je dis n'est pas tout à fait sans fondement, puisque, s'il m'est permis de mêler ce que nous avons de plus sacré parmi les erreurs du paganisme, nous voyons que la vérité a parlé aux hommes par parabole : et

1 C'est au contraire ce qu'ils paraissent avoir fait; car Philostrate, dans sa Vie d'Apollonius (liv. V, chap. xv), raconte qu'Ésope, étant berger, priait souvent Mercure de lui accorder la sagesse; niais d'autres personnes demandaient à ce dieu la même grâce. Mercure donna à l'un la philosophie, à l'autre l'éloquence, à un troisième la science de l'astronomie, à un quatrième l'art de faire des vers ; puis, s'apercevant qu'il avait oublié Ésope, il lui fit présent de la faculté de composer des fables, la seule chose qui restât à distribuer. Bayle [Dictionnaire , p. 1113) remarque à ce sujet qu'on ne saurait, même en ayant égard à ce récit de Philostrate, blâmer la Fontaine de s'exprimer comme il l'a fait, attendu qu'il n'y a pas eu dans la bonne antiquité de doctrine bien établie touchant l'origine de l'apologue. J'ajouterai que notre poète semble s'être ressouvenu de ce passage de Philostrate, et avoir fait la même réflexion que Bayle,

la parabole est-elle autre chose que l'apologue, c'està-dire un exemple fabuleux, et qui s'insinue avec d'autant plus de facilité et d'effet qu'il est plus commun et plus familier? Qui ne nous proposerait à imiter que les maîtres de la sagesse, nous fournirait un sujet d'excuse : il n'y en a point quand des abeilles et des fourmis sont capables de cela même qu'on nous demande.

C'est pour ces raisons que Platon, ayant banni Homère de sa république, y a donné à Ésope une place très honorable. Il souhaite que les enfants sucent ces fables avec le lait ; il recommande aux nourrices de les leur apprendre : car on ne saurait s'accoutumer de trop bonne heure à la sagesse et à la vertu. Plutôt que d'être réduits à corriger nos habitudes, il faut travailler à Les rendre bonnes pendant qu'elles sont encore indifférentes au bien ou au mal. Or, quelle méthode y peut contribuer plus utilement (pie ces fables? Dites à un enfant que Crassus. allant contre lesParthes, s'engagea dans leur pays sans considérer comment il en sortirait; que cela le lit périr lui et son armée , quelque effort qu'il fit pour se retirer. Dites au même enfant que le renard et le bouc descendirent au fond d'un puits pour y éteindre, leur soif; que le renard en sortit, s'étant servi des épaules et des cornes de son camarade comme d'une échelle; au contraire, le bouc y demeura pour n'avoir pas eu tant de prévoyance ; et par conséquent il laut considérer en toute chose la

lorsque, dans sa dédicace à madame de Monlespan, il a laissé ce point incertain, et s'est exprimé ainsi :

L'apologue est mi don gui vient des immortels

Ou , si e'esl un présent des hommes, Quiconque nous l'a fait mérite des autels.

fin. Je demande lequel de ces deux exemple? fera le plus d'impression sur cet enfant. Ne s'arrêterat-il pas au dernier, comme plus conforme et moins disproportionné que l'autre à la petitesse de son esprit? Il ne faut pas m'alléguer que les pensées de l'enfance sont d'elles-mêmes assez enfantines, sans y joindre encore de nouvelles badineries. Ces badineries ne sont telles qu'en apparence ; car, dans le fond, elles portent un sons très solide. El comme, par la définition du point, de la ligne, de la surface, et par d'autres principes très familiers, nous parvenons à des connaissances qui mesurent enfin le ciel et la terre, de même aussi, par les raisonnements et les conséquences que l'on peut tirer de ces failles, on se forme le jugement et les mœurs , on se rend capable des grandes choses.

Elles ne sont pas seulement morales, elles donnent encore d'autres connaissances : les propriétés des animaux et leurs divers caractères y sont exprimes; par conséquent les nôtres aussi, puisque nous sommes l'abrégé de ce qu'il y a de bon et de mauvais dans les créatures irraisonnables. Quand Prométhée voulut former l'homme, il prit la qualité dominante de chaque bête : de ces pièces si différentes il composa notre espèce; il fit cet ouvrage qu'on appelle le Petit-Monde. Ainsi ces fables sont un tableau où chacun de nous se trouve dépeint. Ce qu'elles nous représentent confirme les personnes d'âge avancé dans les connaissances que l'usage leur a données , et apprend aux enfants ce qu'il faut qu'ils sachent. Comme ces derniers sont nouveauvenus" dans le monde, ils n'en connaissent pas en-

♦ \ ai:. Nouveaux venus, dans les éditions modernes ; mai» la Fontaine n'en fait qu'un bcul mot.

core les habitants; ils ne se connaissent pas euxmêmes; on ne les doit laisser dans cette ignorance que le moins qu'on peut ; il leur faut apprendre ce que c'est qu'un lion, un renard, ainsi du reste, et pourquoi l'on compare quelquefois un homme à ce renard ou à ce lion. C'est à quoi les fables travaillent : les premières notions de ces choses proviennent d'elles.

J'ai déjà passé la longueur ordinaire des préfaces; -cependant je n'ai pas encore rendu raison de la conduite de mon ouvrage.

L'apologue est composé de deux parties, dont on peut appeler l'une le corps, l'autre l'âme. Le corps est la fable ; l'âme , la moralité. Aristote n'admet dans la fable que les animaux; il en exclut les hommes et les plantes. Cette règle est moins de nécessité que de bienséance, puisque ni Ésope, ni Phèdre, ni aucun des fabulistes ' , ne l'a gardée ; tout au contraire de la moralité, dont aucun ne se dispensr. Que s'il m'est arrivé de le faire, ce n'a été que dans les endroits où elle n'a pu entrer avec grâce, et où il est aisé au lecteur de la suppléer. On ne considère en France que ce qui plaît : c'est la grande règle, et, pour ainsi dire, la seule. Je n'ai donc pas cru que ce fût un crime de passer par-dessus les ancien* nés coutumes, lorsque je ne pouvais les mettre en

1 Le mot fabuliste est de l'invention de la Fontaine. C'est la Motte qui nous l'apprend. Lorsque cet auteur ingénieux fit paraître ses fables en 1709, c'est-à-dire plus de quarante ans après la publication de cette préface, il remarquait (page xij de l'édition in-4°) que le mot fabuliste était encore nouveau, et il n'osait s'en servir qu'en s'appuyant de l'autorité de notre poète. En effet, on ne trouve ce mot ni dans les auteurs de notre ancien langage, ni dans le dictionnaire de N'icot ; et l'Académie française ne l'avait point admis encore dans la première édition de son dictionnaire, qui fut publiée après la mort de notre poète.

usage sans leur faire tort. Du temps d'Esope, la fable était contée simplement, la moralité séparée, et toujours ensuite. Phèdre est venu , qui ne s'est pas assujetti à cet ordre : il embellit la narration, et transporte quelquefois la moralité de la fin au commencement. Quand il serait nécessaire de lui trouver place, je ne manque à ce précepte que pour en observer un qui n'est pas moins important : c'est Horace qui nous le donne. Cet auteur ne veut pas qu'un écrivain s'opiniàtre contre l'incapacité de son esprit, ni contre celle de sa matière. Jamais, à ce qu'il prétend, un homme qui veut réussir n'en vient jusquelà; il abandonne les choses dont il voit bien qu'il ne saurait rien faire de bon :

Et qiiae Desperat tractata nitescere posse relinquit1.

C'est ce que j'ai fait à l'égard de quelques moralités du succès desquelles je n'ai pas bien espère

Il ne reste plus qu'à parler de la vie d'Ésope. Je ne vois presque personne qui ne tienne pour fabuleuse celle que Planude nous a laissée. On s'imagine que cet auteur a voulu donner à son héros un caractère et des aventures qui répondissent à ses fables. Cela m'a paru d'abord spécieux; mais j'ai trouvé à la fin peu de certitude en cette critique. Elle est en partie fondée sur ce qui se passe entre Xantus et Ésope : on y trouve trop de niaiseries. Eh! qui est le sage à qui de pareilles choses n'arrivent point? Toute la vie de Socrate n'a pas été sérieuse. Ce qui me continue en mon sentiment, c'est que le caractère que Planude donne à Ésope est semblable à celui que Plutarque lui a donné dans son Banquet des sept Sa-

1 IIorvt., Ars poet. , v. 150.

LA FOXTA1XE. 3

ges, c'est-à-dire d'un homme subtil, et qui ne laisse rien passer. On me dira que le Banquet des sept Sages est aussi une invention. Il est, aisé de douter de tout : quant à moi, je ne vois pas bien pourquoi Plutarque aurait voulu imposer à la postérité dans ce traité-là, lui qui fait profession d'être véritable partout ailleurs , et de conserver à chacun son caractère. Quand cela serait, je ne saurais que mentir sur la foi d'autrui : me croira-t-on moins que si je m'arrête à la mienne? Car ce que je puis est de composer un tissu de mes conjectures , lequel j'intitulerai : Vie d'Esope. Quelque vraisemblable que je le rende, on ne s'y assurera pas; et, fable pour fable, le lecteur préférera toujours celle de Planude à la mienne ' .

1 II existait, lorsque la Fontaine publia son recueil, une excellente Vie d'Ésope : c'était celle de Meziriac ; mais elle était peu connue, et Bayle eut de son temps de la peine à se la procurer. M. de Sallengre l'a réimprimée dans ses Mémoires de littérature, 1715, in-8°, t. I, p. 90. La vie d'Ésope, attribuée peut-être faussement à Planude, était au contraire devenue, en quelque sorte, populaire avant la Fontaine, et on en avait inséré des traductions au-devant de tous les recueils de fables publiés soit en vers, soit en prose. Je la trouve en tête du recueil des fables d'Ésope en prose, de Jean Baudoin, 1649, in-8°; et dans une. traduction plus ancienne encore, imprimée à Troyes, intitulée les Fables d'Ésope et la Vie d'Ésope Phrygien , traduites de nouveau en français selon la vérité grecque, in-12, et enfin dans l'édition des fables de Corrozet, donnée par maître Antoine du Moulin, Rouen, 1578 ou 1587. 11 est donc évident que notre poète, en mettant cette Vie d'Ésope par Planude en tête de son recueil de fables, n'a fait que céder à un usage en quelque sorte consacré depuis longtemps. Au reste, la Motte excuse la Fontaine d'une manière bien ingénieuse. « La Vie d'Ésope, dit-il, passe pour fabuleuse; mais en tout cas c'est une bonne fable, et qui peint à merveille la position de tous les fabulistes à l'égard de leurs lecteurs. Nous sommes des esclaves qui voulons les instruire sans les fâcher-, ils sont des maîtres intelligents qui nous savent gré de nos ménagements , et qui reçoivent volontiers la vérité, parce que nous leur laissons l'honneur de la deviner en partie. »

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