‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 31 sur 287 · XII. La Colombe et la Fourmi · texte numérisé non relu

XII. La Colombe et la Fourmi

L'autre exemple est tiré d'animaux plus petits.

Le long d'un clair ruisseau buvait une colombe , Quand sur l'eau se penchant une fourmis2 y tombe; Et dans cet océan l'on eût vu la fourmis S'efforcer, mais en vain, de regagner la rive. La colombe aussitôt usa de charité :

Un brin d'herbe dans l'eau par elle étant jeté , ( le fut un promontoire où la fourmis arrive.

Elle se sauve. Et là-dessus Passe un certain croquant qui marchait les pieds nus : Ce croquant, par hasard, avait une arbalète.

Dès qu'il voit l'oiseau de Vénus , 11 le croit en son pot , et déjà lui fait fête. Tandis qu'à le tuer mon villageois s'apprête,

La fourmis le pique au talon.

Le vilain retourne la tête :

La colombe l'entend, part, et tire de long. Le souper du croquant avec elle s'envole :

Point de pigeon pour une obole.

i Expression toute latine. Nihil est quod longinquitas temporis effieere non possit. Cicero, de Divinatione.

- Autrefois oh écrivait Fourmis avec un s, même au singulier : du temps de la Fontaine, <■<• mot, comme aujourd'hui, ne prenait rî's qu'au pluriel ; et notre auteur, clans la même fable, ici il ce mot singulier avec ou sanss, selon le besoin de son vers Exemple remarquable d'un genre de licence qui se reproduit assez fréquemment chez les poètes du siècle de Louis XIV.

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