‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 91 sur 287 · XVI. L<e Serpent et la Lime · texte numérisé non relu

XVI. L<e Serpent et la Lime

On conte qu'un serpent, voisin d'un horloger (C'était pour l'horloger un mauvais voisinage), Entra dans sa boutique, et, cherchant à manger,

N'y rencontra pour tout potage Qu'une lime d'acier qu'il se mit à ronger. Cette lime lui dit , sans se mettre en colère :

Pauvre ignorant ! et ' que prétends-tu faire ? Tu te prends à plus dur que toi , Petit serpent à tête folle :

Plutôt que d'emporter de moi Seulement le quart d'une obole, Tu te romprais toutes les dents.

Je ne crains que celles du temps.

Ceci s'adresse à vous, esprits du dernier ordre,

Qui, n'étant bons à rien, cherchez surtout à mordre.

Vous vous tourmentez vainement.

Croyez-vous que vos dents impriment leurs outrages

Sur tant de beaux ouvrages ?

Ils sont pour vous d'airain, d'acier, de diamant.

Page 1