‹ Fables et poésies diversesChapitre 104 sur 257 · LE VILAIN ET LE GALANT HOMME · texte numérisé non relu

LE VILAIN ET LE GALANT HOMME

Un misérable , un malotru , Un vilain , tout couvert de haillons et de boue ,

Montrait le poing , faisait la moue

A quiconque était bien vêtu.

Il tenta même un jour d'engager la bataille Avec un cavalier , fils de bonne maison ,

Qui, bien que d'humeur et de taille

A mettre un homme à la raison ,

Se tenait hors de toute atteinte.

Mon vilain , qui s'était mépris ,

Et prenait l'effet du mépris

Pour un effet de la crainte,

N'en devint que plus fanfaron :

« Si je ne le voyais, dit-il, pourrais-je croire

« Qu'un beau monsieur soit si poltron !

« — Oui, j'ai peur d'un combat sans gloire , « Dit l'homme au bel habit : puis-je , sans m'avilir,

« Même y remporter la victoire ,

« Et te battre sans me salir? »

Page 1