LIVRE VII
« Nager n'est pas mon fort, et voler encor moins : « S'il faut s'évertuer ou dans l'air ou sur l'onde ,
« J'en conviens donc, de bonne foi ,
« J'y suis moins habile que toi.
« Mais d'autres , plus que toi , n'y sont-ils pas habiles ?
« Aidé de tes rames agiles , « Atteindras-tu, dis-moi, sous les flots transparents, « L'anguille tortueuse ou le brochet avide ? « Sais- tu , comme la truite, en ton élan rapide,
« Remonter le cours des torrents ?
« Par ton essor , t'ouvrant des routes inconnues
« Dans les vastes champs de l'éther ( Jean lapin quelquefois se perdait dans les nues ) , « Peux-tu suivre en son vol l'oiseau de Jupiter ,
« Ou seulement suivre les grues?
« Est-ce franchement que tu crois « A la course égaler, en leur vitesse extrême ,
« Le daim , le lièvre , le chamois ,
« Ou bien Jeannot lapin lui-même ?
« Voyons , prenons pour but ce chêne que tu vois ,
« Et je veux perdre ma fortune , « Je veux perdre mon nom , si je ne fais cent fois « Ce chemin-là pendant que tu le feras une :
« Voici mon enjeu , mets le tien ; « Vous , dindons , jugez-nous. Tu restes coi , tu n'oses î « Qui se croit propre à tout , le plus souvent n'est rien
« Que maladroit en toutes choses :
« N'en fais plus qu'une , et fais-la bien. »
TiE DROIT DE CHASSE.
Un jour le roi des animaux
Défendit , par une ordonnance ,
A ses sujets , à ses vassaux ,
De courir , sans une licence ,
Sur quelque bête que ce soit ; Promettant , il est vrai , de conserver ce droit A quiconque en usait pour un motif honnête. Tigres , loups et renards de présenter requête A sa majesté : loups , pour courir le mouton ;
Renards , pour courir le chapon ;
Tigres , pour courir toute bête.
Parmi leurs députés , qui criaient à tue-tête , Un chien s'égosillait à force d'aboyer.
« Plaise à sa majesté, disait-il, m'octroyer « Droit de donner la chasse, en toute circonstance, « A tous les animaux vivant de ma substance. « — Gentilshommes, permis à vous de giboyer, Dit , s'adressant au tigre , au loup , au renard même ,
Des forêts le maître suprême ;