‹ Fables et poésies diversesChapitre 151 sur 257 · LE MONUMENT ET LES RATS · texte numérisé non relu

LE MONUMENT ET LES RATS

On combat l'ennemi qu'on voit ; Celui qu'on ne voit pas est bien plus redoutable :

Le mal qu'il fait ne s'aperçoit

Que lorsqu'il est irréparable.

Par ordre d'un monarque on avait élevé En face du palais , sur la place publique ,

Une colonne magnifique:

C'était un ouvrage achevé ,

Où le sculpteur avait gravé

Les faits et gestes ou l'histoire De cet enfant gâté de la victoire.

Le laurier sur le front et l'olive à la main ,

Fier comme un empereur romain , Du monument lui-même il occupait le faîte.

Planer sur tout était son goût ou son défaut; Chacun le sien : pour moi, si je montais si haut ,

Je sentirais tourner ma tête. .

La sienne était de bronze, elle ne tourna pas; Il n'en tomba pas moins. Ebranlé sur sa base , Le monument un jour sous lui-même s'écrase : Avec le marbre et l'or voilà notre homme à bas , Sous les pieds des goujats étendu dans la poudre. — Qui diable a fait ce coup , lecteurs ? — Bel embarras !

Me répondez- vous , c'est la foudre.

— Vous vous trompez, ce sont les rats.

Page 1