LE LIÈVRE, LA TAUPE ET LE HERISSON
Un lièvre avait son gîte auprès de la tanière
D'un maussade et vieux hérisson.
Chacun , de son côté , vivait à sa manière ,
A l'abri du même buisson , Quand une taupe y vint creuser sa taupinière. Entre les gens de certaine façon ,
Nous savons tous qu'il est d'usage Que le dernier venu , dans tout le voisinage , Promène sa personne, ou tout au moins son nom. En habit de velours, notre taupe, au plus vite ,
Fait donc au lièvre sa visite.
Après la révérence , après maint compliment , ( Ceux des bêtes , dit-on , ressemblent fort aux nôtres ) , Après avoir parlé de soi fort longuement ,
On parla tant soit peu des autres ,
Et du voisin conséquemment.
« Quel esprit ! dit la taupe ; y peut-on rien comprendre ?
« Est-il rien de moins amusant ?
« Est-il rien de moins complaisant ?
« Savez-vous par quel bout le prendre ?
« Il vit toujours triste et caché ;
« Une sombre humeur le dévore ;
« Il blesse quand il est fâché,
« Et quand il joue il blesse encore : « Et c'est pourtant chez lui que je cours de ce pas ! « Madame , dit le lièvre , assurément badine. « — Et le bon ton , voisin ! — Et le bon sens , voisine ,
« M'assure que vous n'irez pas :
« Plains et fuis , nous dit-il , ces personnes chagrines « Qu'on ne peut aborder avec sécurité ,
« Et qui , même dans la gaîté ,
« Ne quittent jamais leurs épines. »