‹ Fables et poésies diversesChapitre 16 sur 257 · LE LIÈVRE, LA TAUPE ET LE HERISSON · texte numérisé non relu

LE LIÈVRE, LA TAUPE ET LE HERISSON

Un lièvre avait son gîte auprès de la tanière

D'un maussade et vieux hérisson.

Chacun , de son côté , vivait à sa manière ,

A l'abri du même buisson , Quand une taupe y vint creuser sa taupinière. Entre les gens de certaine façon ,

Nous savons tous qu'il est d'usage Que le dernier venu , dans tout le voisinage , Promène sa personne, ou tout au moins son nom. En habit de velours, notre taupe, au plus vite ,

Fait donc au lièvre sa visite.

Après la révérence , après maint compliment , ( Ceux des bêtes , dit-on , ressemblent fort aux nôtres ) , Après avoir parlé de soi fort longuement ,

On parla tant soit peu des autres ,

Et du voisin conséquemment.

« Quel esprit ! dit la taupe ; y peut-on rien comprendre ?

« Est-il rien de moins amusant ?

« Est-il rien de moins complaisant ?

« Savez-vous par quel bout le prendre ?

« Il vit toujours triste et caché ;

« Une sombre humeur le dévore ;

« Il blesse quand il est fâché,

« Et quand il joue il blesse encore : « Et c'est pourtant chez lui que je cours de ce pas ! « Madame , dit le lièvre , assurément badine. « — Et le bon ton , voisin ! — Et le bon sens , voisine ,

« M'assure que vous n'irez pas :

« Plains et fuis , nous dit-il , ces personnes chagrines « Qu'on ne peut aborder avec sécurité ,

« Et qui , même dans la gaîté ,

« Ne quittent jamais leurs épines. »

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