POST-SCRIPT
Ne terminons pas ce volume sans protester derechef contre certaines interprétations auxquelles ces apologues pourraient donner lieu. Si des traits de satire générale se rapportaient à quelques faits particuliers , le hasard seul aurait produit ces rapports : il y aurait injustice à nous les imputer à crime.
On l'a déjà fait pourtant, et ce n'a pas été vainement. Feu le duc de Richelieu , que la terre lui soit légère! n'était pas un méchant homme ; il n'était pas persécuteur par caractère : néanmoins il s'opposa constamment au rappel de l'auteur de ces fables , convaincu , disait-il , que l'état n'avait pas de plus dangereux ennemi. Et sur quoi se fondait-elle cette conviction ? Sur cette affabulation de l'apologue intitulé Le rat et le vaisseau :
En préceptes , lecteur aini ,
Ce petit apologue abonde ;
Vous y verrez qu'en ce bas monde
Il n'est pas de faible euneini.
De plus , le sage en peut induire ,
Et l'homme puissant doit y voir ,
Qu'il est dangereux de réduire
Les petits même au désespoir.
Son excellence ne voyait que des menaces dans ces innocentes observations.» C'était, disait-elle, un manifeste par lequel « du fond de son exil un proscrit déclarait guerre à mort au « ministère alors régnant. Tout serait perdu si l'auteur d'une
4io POST-SCRIPT.
« pareille fable remettait les pieds en France. » Et pourtant cette fable , le proscrit l'avait faite deux ans avant sa proscription.
Une interprétation du même genre avait eu antérieurement des conséquences non moins funestes pour le même fabuliste, en provoquant contre lui le ressentiment d'une femme de lettres qui, puissante un moment, se serait, dit-on, assez raisonnablement vengée : Notum furens quid femina possit. Et quel tort lui avait-on prêté cette fois à ce pauvre homme? celui d'avoir désigné ladite femme de lettres dans la fable intitulée : La levrette , le chat et le dogue. Est-ce bien lui qu'on a osé noircir d'une inculpation si injurieuse? lui, qui, comme le grand Frédéric, a tant déconsidération pour les levrettes!
Répondons une fois pour toutes à tous les interprétateurs passés, présents et à venir, par ces vers du fabuliste latin :
Suspicione si quis errabit sua
Et rapiet ad se quod erit commune omnium ,
Stulte nudabit animi conscientiam.
Phœdrus ad Euljchum.
Si ton image ici se place , N'en accuse pas mon pinceau ; Ce que tu prends pour un tableau , Ami lecteur , n'est qu'une glace.
imitations!