‹ Fables et poésies diversesChapitre 208 sur 257 · A BRUNETTE · texte numérisé non relu

A BRUNETTE

Objet si cher à ma Sophie, Toi que nourrit sa belle main , Toi qui passes toute ta vie Entre ses genoux et son sein ; Que ton sort , heureuse Brunette , Hélas ! est différent du mien !

En amant elle traite un chien , En chien c'est l'amant qu'elle traite.

Et pourtant, cette préférence Qui peut te l'obtenir sur moi ?

Ai-je moins de persévérance, Moins de fidélité que toi?

De mes fers loin que je m'échappe , Enchaîné sans aucuns liens , Toujours battu , toujours je viens Baiser cette main qui me frappe.

43s POESIES MÊLÉES.

Le pur sentiment qui m'enflamme Vaut ton instinct, s'il ne vaut mieux ; Et le feu qui brûle en mon âme Vaut le feu qui brille en tes yeux :

Mais près de ma beauté suprême Je suis trop coupable en effet, Quand je hais tout ce qu'elle hait , De n'aimer pas tout ce qu'elle aime.

Dans le dépit qui me transporte , Souvent je ne connais plus rien.

Le grelot que Brunette porte Serait mieux à mon cou qu'au sien.

Soins, constance, pleurs, sacrifice, Je vous crois perdus sans retour :

Je n'espère plus de l'amour ; Mais j'espère encor du caprice.

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