A UNE DAME QUI M'APPELAIT SON FRÈRE
Eu lui envoyant les Amours de Psyché , le iei janvier i8o3.
Lisez et relisez, ma sœur, De Psyché l'admirable histoire :
Vous y verrez que le bonheur N'est pas toujours avec la gloire.
Vous y verrez qu'assez souvent La plus belle est la plus à plaindre ; Et qu'un succès trop éclatant Est moins à désirer qu'à craindre.
POÉSIES MÊLÉES. 45i
Vous y verrez que les maris Ont parfois l'humeur trop farouche, Et qu'il n'est pas toujours permis De savoir avec qui l'on couche.
Psyché veut connaître une nuit A quel homme elle avait affaire ; Son époux s'éveille et s'enfuit :
Je crois qu'il aurait pu mieux faire.
Qui dormirait entre vos bras , i
Si le jour frappait sa paupière, A coup sûr ne se plaindrait pas D'être éveillé par la lumière.
A M. AMALRIC,
Qui m'avait envoyé des marrons du Luc et des vers 5.
En Bertrands ainsi qu'en Ratons Notre pauvre univers abonde; Moitié dupes , moitié fripons , Voilà l'histoire de ce monde.
Certain Monsieur s'est échappé, Qui dans ses projets , ce me semble,
A la fois tKompeur et trompé, Fut dupe et fripon tout ensemble.
De l'amitié suivons les lois.
Laissons là les âmes ingrates:
Au feu pour moi mettez vos doigts ;
Pour vous , moi , j'y mettrai mes pattes.
A M. PLASSCHAERT,
Qui, en envoyant à l'auteur un ouvrage de sa façon , avait mis sur l'adresse : A l'auteur de la Feuille... en Europe 6.
Auteur aimable autant qu'utile , Votre livre m'est parvenu ; A votre but , à votre style , Ma raison vous a reconnu.
Vos vers pleins de délicatesse
Pour mon goût n'ont pas moins de prix :
On n'écrit pas mieux à Paris ,
Mais on y met mieux mon adresse.
En Europe, où partout je vois
Que les saints traités s'exécutent, Suis-je connu même des rois, Des bons rois qui me persécutent ?
De m'y chercher qui prendrait soin , Sur la foi de votre apostille , Chercherait bien moins qu'une aiguille , Et dans quelle botte de foin !
Jouet du sort impitoyable , Au fait, je n'ai ni feu ni lieu; Je suis à la grâce de Dieu :
Qui m'écrira , m'écrive au diable !
La Haye, 1818.