SUR LES
1 PAGE 5l7- Inscriptions , épigrammes.
Ces deux mots avaient originairement la même signification : en grec , d'où dérive le mot épigramme , ils sont synonymes ; en latin et en français épigramme ne se dit que d'une pièce piquante ou mordante.
L'épigramme en poésie est un mot, soit facétieux, soit malicieux, qui tire surtout sa force de la vivacité et de la concision.
L'épigramme , dit Boileau ,
N'est souvent qu'un bon mot de deux rimes orné.
L'épigramme facétieuse rentre dans le genre du conte. L'épigramme malicieuse appartient à la satire ; elle est ou générale ou personnelle.
On peut sans méchanceté faire des épigrammes générales : ce qui frappe tout le monde n'offense personne. On peut sans méchanceté aussi faire des épigrammes personnelles.
Il en est de la malignité d'esprit comme de l'arme que cha-
cun a droit de porter , mais dont il ne doit user que pour sa défense. Le plus inoffensif des hommes peut donc faire des épigrammes tout comme un autre. Peut-être même les ferat-il mieux qu'un autre, car elles lui auront été arrachées par l'indignation, et l'indignation est la muse de la satire. Facit indignatio versum.
Que ce bon homme s'attende toutefois à se voir accuser de méchanceté par ceux-là mêmes qui à force de méchanceté l'auront contraint à user de son droit. Je ne sais quel chasseur disait de je ne sais quel animal : IL est si méchant qù il se défend quand on l'attaque.
a page 524- Son histoire est un carnaval.
Cette épitaphe semble avoir été faite pour le cardinal Maury. Ce prince de l'église mourut à Rome en mai 181 7. L'usage voulait qu'on l'exposât la face découverte avant de l'inhumer; mais la maladie avait si horriblement altéré'son visage, qu'on fut obligé de le cacher sous un masque.
3 page 527.
Ton Figaro pour leur patron ,
Et les Français pour leur paroisse.
Cette petite pièce a rapport à une lettre écrite à Beaumarchais par un soi-disant ecclésiastique , et insérée dans le Journal de Paris, en mars 1785.
Beaumarchais, l'homme de son temps le plus applaudi et le plus dénigré, joignait beaucoup de talent à beaucoup d'es-
prit : il est célèbre par ses mémoires et ses comédies , et c'est ajuste titre, n'en déplaise à quelques uns de ses contemporains , qui ne sont pas encore de cet avis.
Toutes les ressources de l'esprit sont déployées dans ses mémoires. Le quatrième surtout est un chef-d'œuvre. C'est un mélange de comique et de pathétique , où les traits de l'ironie la plus mordante sont alliés aux mouvements de l'éloquence la plus élevée , où la pénétration la plus déliée est appuyée de la plus puissante dialectique.
Ses comédies, remarquables par l'art avec lequel elles sont intriguées, ont une physionomie toute particulière, qu'elles doivent à des situations fortes , et à la vivacité d'un dialogue abondant en saillies, quelquefois satiriques, mais le plus souvent gaies et toujours spirituelles. C'est de plus un tableau des mœurs de l'époque : Inde irœ.
C'est à Beaumarchais que les lettres et la philosophie sont redevables de la première édition complète qui ait été faite des œuvres de Voltaire.
Beaumarchais possédait à un haut degré le génie du commerce: par d'habiles spéculations, il se fit une grande fortune, dont il usa honorablement.
Comme il était comblé de prospérités en tout genre , il eut des envieux de toutes les conditions et fut persécuté par toutes les espèces de despotismes. Louis XVI lui-même, à qui les actes arbitraires répugnaient, se laissa entraîner à en autoriser un contre Beaumarchais, qui au reste ne le lui imputait pas.
Si Beaumarchais a eu des ennemis acharnés, en revanche il a eu des amis constants. Il le méritait, car c'était un fort bon homme.
Il est mort en 1799, âgé de près de soixante-huit ans.
Sur feu Jérôme.
Nous n'osons pas penser que ce Jérôme-là soit Jérôme La Lande, qui , s'il n'était ni le plus beau ni le plus croyant des hommes , fut du moins un des savants les plus laborieux de l'époque où il a vécu. Fondateur de plusieurs prix , cet habile astronome n'est pas moins recommandable par les travaux qu'il a fait faire que par ceux qu'il a faits.
Il prit, quitta , reprit la perruque et la poudre.
Parodie du vers si connu :
Il prit, quitta, reprit la cuirasse et la haire.
Henriade.
Sur un bon homme qui n'a pas le vin bon.
C'est , à ce qu'il paraît , feu l'abbé Geoffroi. Ce successeur de Desfontaines et de Fréron les a surpassés dans la satire , mais il est loin de les égaler comme critique. Il est possible d'écrire avec plus de talent , mais non avec autant de mauvaise foi. C'était , au reste, un homme de goût : s'il a déchiré les ouvrages de Chénier, de Ducis, de Legouvé, de Voltaire , il a loué à outrance le Pied de mouton et la Queue de lapin.
7 page 53o.
Il est ministre.
Geoffroi , en répondant à des reproches un peu vifs qui lui avaient été adressés de plus d'une part , avait qualifié de ministère son infâme métier.