LA FUMEE
Pendant mille ans et plus , Jupiter fut fêté. C'était justice : alors il portait le tonnerre ; Il était immortel : dans les cieux, sur la terre, La pluie et le beau temps, et la paix et la guerre ,
Tout allait à sa volonté.
A ses autels , parés de fleurs et de guirlandes , Devant la pierre ou l'or qui le représentait , L'indigent , l'opulent , tour à tour apportait
Ses oraisons et ses offrandes.
Mais les dons étaient différents,
Bien que la ferveur fût la même.
Si les parfums étaient prodigués par les grands, « On offre ce qu'on a, » disaient les pauvres gens; Et la poix quelquefois fumait, au lieu d'encens,
Devant la déité suprême.
Jupiter de ce tour jamais ne s'offensa : Il avait l'âme bonne, et sa bonté fut telle,
Qu'en bon homme il récompensa
La foi d'une sempiternelle
Oui, voulant l'encenser , faute de mieux, laissa Sous son nez tout-puissant fumer une chandelle.
La fumée est toujours un mets délicieux.
Allons, flatteurs, faites des vôtres 36 : Les nez des hommes et des dieux Sont faits les uns comme les autres.