‹ Fables et poésies diversesChapitre 44 sur 257 · LA FUMEE · texte numérisé non relu

LA FUMEE

Pendant mille ans et plus , Jupiter fut fêté. C'était justice : alors il portait le tonnerre ; Il était immortel : dans les cieux, sur la terre, La pluie et le beau temps, et la paix et la guerre ,

Tout allait à sa volonté.

A ses autels , parés de fleurs et de guirlandes , Devant la pierre ou l'or qui le représentait , L'indigent , l'opulent , tour à tour apportait

Ses oraisons et ses offrandes.

Mais les dons étaient différents,

Bien que la ferveur fût la même.

Si les parfums étaient prodigués par les grands, « On offre ce qu'on a, » disaient les pauvres gens; Et la poix quelquefois fumait, au lieu d'encens,

Devant la déité suprême.

Jupiter de ce tour jamais ne s'offensa : Il avait l'âme bonne, et sa bonté fut telle,

Qu'en bon homme il récompensa

La foi d'une sempiternelle

Oui, voulant l'encenser , faute de mieux, laissa Sous son nez tout-puissant fumer une chandelle.

La fumée est toujours un mets délicieux.

Allons, flatteurs, faites des vôtres 36 : Les nez des hommes et des dieux Sont faits les uns comme les autres.

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