LES BRACONNIERS ET LE LIEVRE
Prétendons-nous au même office ;
Aspirons-nous au même objet,
Sous-lieutenance ou bénéfice ,
Trône ou fauteuil; en ce projet,
Mes bons amis , que Dieu nous serve !
Mais, comme entre nous tous il n'en peut servir qu'un,
D'un travers , dès long-temps commun ,
Qu'au moins sa bonté nous préserve ï Des vœux sont-ils des droits ? Non , camarade : hé bien ! Qu'au bonheur d'un rival notre raison pardonne. Nous a-t-il dépouillé , pour s'emparer d'un bien
Qui n'appartenait à personne ?
Deux braconniers chassaient le long d'un bois , Etrangers l'un à l'autre et pour gain et pour perte ; Mais bons amis : l'un d'eux était un vieux matois ; L'autre jeune, et parfois plus étourdi qu'alerte. Il voit passer un lièvre , et ses cris aussitôt D'ébruiter ce qu'il doit taire.