‹ Fables et poésies diversesChapitre 94 sur 257 · LE LOUP · texte numérisé non relu

LE LOUP

Qui ? moi ! rester dans ces déserts

Pour n'ouïr que les mêmes airs

Sur des pipeaux toujours plus aigres ?

i62 FABLES.

Qui ? moi ! rester sur ce rocher

Pour jeûner ou pour n'accrocher

Que des chevreaux toujours plus maigres ?

A ce mets borner mon espoir ,

Et d'agneaux quand la plaine abonde ,

N'en pas tâter, n'en pas plus voir

Que s'il n'en était point au monde ?

Ah ! fuyons loin de ce canton ,

Théâtre obscur pour mon courage!

Vous le savez : dès mon jeune âge ,

J'aimai la gloire et le mouton.

J'y retourne : en un frais bocage

Qu'environnent des prés fleuris ,

Où sont rassemblés et nourris

Les doux agneaux du voisinage ,

Demain , ce soir , je m'établis

Tout au beau milieu des brebis.

Défrayé par droit de conquête,

Comme un héros russe ou prussien ,

J'engraisse là sans craindre rien ;

Car est-il ou berger ou chien

Assez fort pour me faire tête ?

LA LOTTVE.

Sur ce point je suis sans effroi.

Pris séparément, ce me semble,

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