L'ATTELAGE
<i A cette enfant si fraîche, si jolie, Oserez-voos, mon frère, unir vos soixante ans, Marier vos hivers à ses quinze printemps ? Vous n'accomplirez pas cette insigne folie... — Oui, je l'accomplirai, répondit le vieillard,
Aujourd'hui même et sans plus de retard. » On eut beau dire, on eut beau faire.
La noce prit bientôt le chemin du notaire. Voilà qu'à travers champs arrive un campagnard
Menant de bœufs un attelage ; Or, on ne vit jamais plus bizarre assemblage : L'un, squelette affaissé sous le travail et l'âge, Ne répond qu'avec peine aux coups de l'aiguillon ;
En mugissant, l'autre, jeune et robuste. Accuse la lenteur de son vieux compagnon. « C'est ridicule, c'est injuste,
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Dit notre fiancé, d'associer ainsi Des bœufs si différents de forces et d'années ! » Son frère l'interrompt : « Vous condamnez ici Le joug qui doit bientôt lier vos destinées. Par vous-même averti, renonçant à l'hymen, Du logis, croyez-moi, reprenez le chemin. » Le vieillard adopta cet avis salutaire, Et jusqu'au dernier jour resta célibataire.