LA TRUFFE ET LA POMME DE TERRE
A la pomme de terre on voulait marier La truffe; mais craignant de se mésallier,
Celle-ci, d'une voix altlère.
S'écria : « Moi, m'associer
A cette vile roturière !
Moi , qui règne aux festins du riche et du gourmet , Avoir pour compagnon cet être sans noblesse.
FABLES. i'Z
Lnir son goût maussade à mon divin fumet ! Ali ! ce manque d'égards me confond et me blesse. Allez aux champs, ma mie, allez aux carrefours Nourrir le peuple, vos amours... »
La parmentière Alors reprit :
« II ne te convient pas d'être avec moi si fière , Car nous sommes deux sœurs qu'un même sol nourrit. Oui , j'en fais vanité si tu m'en fais un crime , Celui que la misère opprime A moi jamais vainement n'eut recours.
Je pourrais, te rendant offense pour offense,
Te reprocher les vilains tours Qu'à plus d'un estomac, qu'à mainte conscience... Mais chut ! tu me comprends.
Et plus que toi je serai charitable.
Tu méprises le pauvre et recherches les grands... Je suis utile à tous : n'est-ce pas préférable ? »
\7i LIVRE VII.