‹ Fables et poésiesChapitre 161 sur 355 · L'HABIT DE MON GRAND-PÈRE · texte numérisé non relu

L'HABIT DE MON GRAND-PÈRE

Mon grand-père avait un habit Qui, par hérédité, jusqu'à moi se transmit. Mon aïeul, qui parvint à l'extrême vieillesse,

A sa mort seule le quitta ;

Cent fois mon père le porta

Dans les beaux jours de sa jeunesse, Puis votre serviteur enfant en hérita.

Messieurs, à ma pensée il apparaît encore. Avec son drap chamois doublé de soie aurore. Ses pans flottants et ses larges boutons. Dans cet accoutrement je marchais tête flère, Me rendant à l'église aux jours des grands sermons. Les basques descendaient plus bas que mes talons. Et, battant le pavé, soulevaient la poussière :

On riait, je ne riais point.

Tels et tels qui, de point en point, Exigent, s'attachanl à la mode nouvelle,

Les étoffes de prix, la forme la plus belle, Mais doDl l'œil est toujours en arrière flxé, Dont l'esprit rétrograde, esclave du passé, Se refuse au progrès en qui le monde espère, Portent, sans s'en douter, l'habit de leur grand-père.

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